L'EPARGNE SALARIALE : UN ANALYSEUR DE L'EVOLUTION DU MOUVEMENT
SYNDICAL FRANCAIS
TITRE II : LES STRATEGIES SYNDICALES
CHAPITRE VII : BILAN ET LES LIMITES DES STRATEGIES SYNDICALES
Cette évolution majeure dans la stratégie
syndicale, soulève de nombreuses questions, à la fois
d'ordre pratique et politique, car elle requiert des moyens importants,
ainsi qu'un nouveau comportement de la part des organisations syndicales.
Car il s'agit d'un champ nouveau pour les syndicats,
qui va demander une expertise dans le domaine financier, ainsi que
des moyens humains et financiers importants en terme d'audit et de
contrôle des entreprises et des sociétés de gestion
financière.
De plus, la gestion financière de l'épargne
salariale est un monde très éloigné de la culture
syndicale classique, ce qui nécessitera des évolutions
culturelles et un certain réformiste de la part des syndicats.
Par ailleurs, quelle stratégie les organisations
syndicales locales adopteront-elles désormais lors des négociations
sur les dispositifs d'épargne salariale : une logique de défense
des intérêts patrimoniaux des salariés, en choisissant
des fonds à haut rendement - une logique participative en renforçant
l'actionnariat salarié et l'implantation d'administrateurs
salariés dans les Conseils de surveillance des entreprises
- une logique d'investissement socialement responsable, par la sélection
systématique et exclusive de fonds labellisés par le
CIES - ou enfin une logique contestataire de lutte contre le développement
de l'épargne salariale ? Des tensions entre les confédérations
et les équipes locales pourraient apparaître.
1) L'exemple Québécois de la gestion
des fonds de pension et des fonds d'épargne
Le système de retraite au Québec est
un système à deux têtes, avec une partie privée,
qui date de l'entre-deux-guerres, et une partie publique créée
dans les années 50.
Les régimes publics versent des prestations
de retraite qui correspondent à des montants variant entre
35 et 40% du revenu moyen.
Il existe 3 500 régimes privés de retraite
au Québec, couvrant 1 300 000 salariés. Ces régimes
fonctionnent entièrement sur une base de capitalisation, selon
une obligation légale.
Dans ce cadre, le rôle des syndicats consiste
en deux points :
- ils négocient les bénéfices
futurs des salariés,
- ils siègent dans les Conseils d'administration.
En 1990, la loi sur les régimes complémentaires
de retraite a été complètement refondue et les
organisations syndicales ont présenté une série
de revendications pour une plus grande transparence, une définition
des normes actuarielles, ainsi qu'une présence obligatoire
des syndicats aux comités de retraite.
La gestion de l'épargne pose quelques problèmes
liés aux questions d'éthiques des placements financiers.
Cependant, il faut comprendre que, du fait de la présence syndicale
minoritaire dans les comités de retraite, les syndicats ne
contrôlent pas effectivement la politique de placement. Ils
font des recommandations, mais c'est la majorité qui décide.
D'autre part, la Fédération des Travailleurs
du Québec (FTQ) a décidé de créer dans
les années 80, un fonds de solidarité. Il s'agit d'une
société syndicale de capital de développement
faisant appel à l'épargne et à la solidarité
des citoyens, afin de contribuer au maintien des emplois dans les
petites et moyennes entreprises.
L'objectif est de stimuler l'économie, d'inciter
les salariés à épargner pour leur retraite, et
de créer des emplois.
Les investissements du fonds servent à mieux
comprendre le fonctionnement de l'entreprise et à améliorer
les relations humaines en son sein.
Aujourd'hui ce fonds compte 384 000 actionnaires,
et 2,3 milliards de dollars sont investis dans l'économie Québécoise.
Il est intervenu auprès de 1 200 entreprises et a contribué
à la création de 78 000 emplois.
