LES « JOZEPADIRE
» dans l'entreprise
Brandir le drapeau de la communication n'est
plus crédible et fait sourire. Positivisme, compréhension,
angélisme aux confins de la passivité : voilà
comment elle tend à être interprétée
abusivement. Bien sûr, nous devons ré-apprendre le
sens de ces concepts trop souvent bafoués. Mais à
trop en faire l'éloge, la communication n'est plus signifiante
et frôle l'utopie. Communiquer sur la communication n'aurait-il
pas été communicant ?
« J'OSE PAS DIRE »
Le constat est parfois amer :
– un encadrement frileux qui « n'ose pas dire »
et bloque l'information ascendante par peur de l'erreur, du reproche,
de la notation ...
– des collaborateurs en « dépression »,
se sentant « harcelés »,
– des démissionnaires masquant les raisons de leur
départ,
– des salariés préférant taire leurs
insatisfactions plutôt que proposer,
– des managers qui s'abritent derrière « la
direction a dit que, mais moi ... » et ne jouent ni leur
rôle d'avocat de leurs collaborateurs, ni celui de porte-parole
crédible de la direction.
Et l'on attend que « les autres »
bougent, les « autres » parfaits boucs émissaires
de ses propres manques. On assiste alors à une léthargie
collective, à un « baisser de bras » par peur
de la confrontation. La stratégie « par défaut
» choisie est celle de l'évitement des conflits,
de la dénégation. Elle n'est pas « Communication
» !
L'acceptation passive, le refus de la différence
et les peurs de la confrontation créent un lissage, voire
un appauvrissement culturel. Oser aborder les vrais problèmes
éloigne les velléités de pacification stérile
et renforce les relations. Dans ce monde chahuté et complexe,
nous pouvons rêver de consensus et de paix sociale. Mais
si nous avons la tête dans les étoiles, gardons cependant
les pieds sur la terre.
VIVE LE CONFLIT ?
« Un groupe s'ennuie dans le consensus
», remarquent des sociologues. Le rechercher est un but
louable et noble. Rêver le maintenir contre vents et marées
relève de l'illusion. Des forces inconscientes vont tout
faire pour le briser, cherchant à éprouver des émotions
collectives, ferment de nouvelles solidarités. C'est ainsi
que des salariés, se disant satisfaits des réponses
que leur apporte l'entreprise, se mobilisent et déclenchent
une grève, à la surprise de dirigeants déçus.
Héraclite affirmait : « La guerre
est mère de toutes choses ». J. Poperen, en janvier
92, ne déclarait-il pas : « Si nous ne faisons pas
la guerre, nous n'aurons plus la paix »? Et Gaston Bouthoul,
spécialiste en polémologie, prétendait que
nos sociétés vivent dans des mondes policés
où la vertu de la décence et du « bon droit
» prévalent tant qu'après une longue période
d'accalmie, les hommes vont déclencher un conflit pour
vivre des émotions collectives, faire renaître des
entraides et ainsi créer des vertus sociales !
Autrement dit, le conflit serait parfois une passerelle nécessaire
pour atteindre la coopération. Des acquis sont remis en
question ; de nouvelles idées germent ; des prises de conscience
naissent ; des schémas désuets tombent.
CONFRONTATION N'EST PAS AFFRONTEMENT
Il en va ainsi pour toute relation humaine, qu'elle
s'appelle « couple » ou « entreprise ».
Si l'on se tait, on ouvre la porte aux explosions non anticipées.
Au contraire, si l'on « se dit », la confrontation
régulière des opinions entraîne de nouvelles
complicités, de nouveaux accords, de nouvelles solidarités.
Exprimer des attentes réalistes, avoir des projets à
court et à long terme, vivre les crises et non les éviter,
comprendre et accepter les moments de régression et de
progression ouvrent la voie à une authentique communication
qui confronte, sans nécessairement affronter.
Une bonne compréhension de la communication n'est donc
pas idéaliste. Elle « ose dire », à
tous les échelons de la hiérarchie, et chacun en
est Acteur. Les difficultés ne sont que l'expression des
différences. Les accepter et en témoigner de manière constructive élève la culture des
hommes et des femmes qui « sont » l'entreprise et
génère la créativité indispensable
à son fonctionnement. Théorie ? Non ! Pragmatisme.
COMMUNIQUER, C'EST NEGOCIER
Un homme politique déclarait : «
Le pouvoir n'est pas dans la rue ; le pouvoir n'est pas dans les
urnes ; il est dans la négociation au quotidien ».
Face à l'unicité de la personne humaine et donc
aux divergences d'opinion, la seule alternative « communicante
» est celle de la négociation. Négocier à
partir d'objectifs clairement identifiés est une dynamique
complexe et constructive. La négociation ne rêve
pas de l'accord consensuel du bout des lèvres et sait l'alternance
de conflits et de concessions nécessaires à l'aboutissement
d'un compromis acceptable et pérenne.
Ni guerre aux coûts prohibitifs, ni passivité
résignée aux conséquences destructrices,
mais courage et générosité par l'affirmation
positive de soi dans le respect des autres : voilà ce qu'est
une réelle communication, anticipatrice de conflits et
génératrice d'intelligence collective.
« Ajoutez vos richesses et
enrichissez-vous de vos différences ». Ch. Péguy.
Très bonne année à toutes
et à tous.
Caroline Bertrand
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