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Analyse du comportement des professionnels RH face au Code du Travail (Partie II)

Les professionnels RH perçoivent le droit du travail comme difficilement compréhensible du fait de l’inflation législative, de l’instabilité des normes souvent remises en cause avant même d’avoir été intégrées par les acteurs et donc difficilement applicable car inadapté à la réalité du monde du travail faute d’excès de formalisme ou faute d’insécurité juridique.

Dans le cadre de notre formation MASTER 2 INGENIERIE DES RESSOURCES HUMAINES, UNIVERSITE PARIS V, notre projet tuteuré a pour objet d’analyser le comportement des professionnels RH face au Code du Travail, sujet au cœur des actualités. Les étudiants ont interrogé ces derniers au cours d’entretiens individuels. Ils sont synthétisés les résultats de ces conversations dans un rapport qui est disponible sur le site : www.masterirh.org. Les éléments qui suivent ne portent que sur les points émis par les interviewés concernant la réforme en cours sur le code du travail. Les résultats obtenus présentés dans le rapport final ont une portée plus générale et touche également sur le droit du travail.

4° Question : Méthode d’utisation ?

1/L’index pour la rapidité
Même sans formation juridique, une démarche de juriste caractérise les plus à l’aise avec le code du travail puisqu’ils parviennent à définir une situation de travail en terme juridique. Une fois cette « traduction » effectuée, les termes retenus permettent une utilisation efficace de l’index : « je vais plutôt chercher à la fin dans l’index. Je recherche l’article voulu par des mots clefs qui devraient me conduire à la référence que je recherche. Il faut prendre le temps de chercher » ; « Je vais voir uniquement l’index parce que j’ai souvent besoin de choses très précises ». Pratique et facile d’utilisation, c’est en ces termes qu’ils définissent l’index : « l’index parce que c’est le moyen le plus facile pour trouver ce que l’on cherche » ; « je me réfère toujours à l’index car je trouve cela plus pratique ».

2/Autre approche d’utilisation
D’autres ont des méthodes plus longues : « je consulte les annexes au code : comme le code est écrit en lois et décrets, cet exercice est souvent un peu long parce que justement on ne sait pas dans quel alinéa, dans quel article se trouvent les dispositions précises qui nous intéressent » ; « je passe beaucoup de temps sur le sommaire. J’essaie de comprendre quand je rentre dedans où je peux trouver l’information que je recherche sans être renvoyé dans une autre partie ».

5° question : Autres outils utilisés ?
100% des DRH interrogés ont d’autres outils. Bien sûr, chaque outil n’est pas exclusif et beaucoup de DRH combinent plusieurs sources.

1/ Le code n’est qu’un support aux autres ouvrages

« Je travaille essentiellement avec des ouvrages juridiques qui vont être le Lamy social, le Lefèvre social, et je ne regarde dans le code du travail que lorsqu’un article est cité et que je veux m’y référencer, le code du travail c’est un recueil de textes sans aucune analyse, et ce qui est intéressant c’est l’analyse et la jurisprudence qui va avec ».
Avec cette question sur les autres outils utilisés, on se rend compte que le code du travail n’est qu’un complément, lors d’un travail juridique, pour les responsables RH. Tous ou presque ont pour support quotidien un ouvrage de droit, certes, mais analysé, détaillé, structuré, qui répond vite et bien à une situation donnée : « les manuels comportent une composition et une présentation plus simple et on peut allez à la table des matières et aller avec précision aux dispositions qui nous intéressent ».
C’est le recoupement d’informations qui génère une réponse juridique de la part des DRH : « ce brassage me permet de ressortir les éléments importants et d’éviter certaines erreurs. J’ai assez d’outils pour essayer de tout recadrer. Les livres sont très bien faits car ils contiennent l’essentiel ».

2/ Internet et CD-ROM : rapide et efficace mais avec prudence
Internet n’est clairement pas un outil principal en soi. Il reste et semble devoir rester un complément de recherche. Toutefois sa rapidité a séduit plus d’un acteur de la fonction RH. « je cherche un complément d’information dans des sites Internet spécialisé, les sites gouvernementaux, institutionnels comme légifrance.fr» ; « je pense qu’aujourd’hui, il y a des outils en ligne qui rendent la recherche nettement plus facile qu’avec le code du travail[…] Moi, je vais souvent voir sur le journal officiel pour voir si des choses sont neuves. Et finalement, c’est vrai l’information se trouve sur le journal officiel ».

Des explications élaborées sous forme de Cd-rom se développent et accompagne certains DRH lors de déploiement d’une nouvelle disposition. En effet, ce support contient autant voir plus d’informations qu’un support papier pour une utilisation plus simple : « dans mon poste précédent j'avais les CD-Roms de Liaisons sociales, ça permettait d'aller relativement vite, et c'était utile, par exemple avec des dossiers spécifiques, je pense aux 35h… »
Les personnes ayant reçu une formation juridique nuancent pourtant l’usage de cette technologie : « je me méfie d’Internet vu que certaines sources ne sont pas mises à jour donc peu fiables et en droit social, on ne peut pas prendre ce risque ».

3/ « Aide extérieure »
Plus d’un tiers des DRH interrogés ont recours à des aides extérieures, à savoirs des juristes professionnels, pour les aider à résoudre leurs problématiques.
La première raison avancée est que le droit du travail est un matière de droit à part entière et nécessite donc des spécialistes pour son application : « de toute façon on est obligé à un moment donné de faire appel à des spécialistes pour régler les problèmes, c'est-à-dire le recours aux experts » ; « il est impératif de s'entourer de gens qui le consultent (le code du travail), qui le connaissent(le code du travail), qui le suivent de manière très proactive si on ne le fait pas en tant que DRH à titre personnel ». D’autres avouent rarement se pencher sur la question et lorsqu’une problématique droit du travail se pose, ont systématiquement recours à un cabinet d’avocat : « beaucoup d’entreprises n’utilisent pas le code du Travail car il est trop confus et l’information est trop difficile à rechercher. C’est pour cela qu’ils font appel à un avocat. Tous les DRH, dès qu’ils ont une question, plutôt que d’ouvrir le Code du Travail, font appel à leur avocat » ; « l’entreprise s’est payé les services d’un cabinet d’avocat qui nous envoie des mises à jour des textes et de la jurisprudence essentielle ».
L’application à proprement parlé du code du travail nécessite déjà beaucoup de temps, alors y faire des recherches et l’utiliser régulièrement sont des prérogatives de trop, de part sont aspect « inexploitable » et de part l’urgence des situations, le code du travail n’est que peu utilisé et laissé aux experts en droit : « nous travaillons avec des conseils juridiques et des cabinets d’avocats, et c’est eux qui suivent très régulièrement la jurisprudence ; on ne peut pas être sur tous les fronts ».

6° question : Que pensez-vous des sanctions pénales et civiles que peuvent encourir les responsables RH ?
D’une manière générale les personnes interrogées sont conscientes de leurs responsabilités et trouvent normal de les assumer, de respecter un code d’éthique et une déontologie. Le respect des règles de loi ne leur pose pas de problème. La responsabilité de l’employeur ou du DRH est parfois perçue comme une épée de Damoclès qui amène à être rigoureux, professionnel voire même laborieux pour respecter la procédure. Les responsables RH ont une conscience réelle des risques encourus s’ils ne respectent pas scrupuleusement la loi, des sanctions souvent disproportionnées par rapport à la faute. En conséquence certains projets s’étalent excessivement dans le temps.
Pourtant, ils estiment dans le même temps que la responsabilité de l’employeur est trop encadrée trop excessive, la société elle-même va dans le sens d’une pénalisation à outrance.
Etre partout, tout le temps, avoir des procédures de contrôle, d’audit, de sécurisation, ce n’est pas simple.
En revanche, un tiers des interviewés citent le délit d’entrave comme disproportionné par rapport à la situation, car il est la conséquence d’un oubli, il n’est pas intentionnel..

Remarques concernant les 6 questions précédentes :

L’enquête montre que les acteurs de la fonction Ressources Humaines ne considèrent pas le code du travail, sous son acception codex, comme un véritable outil de travail. Pourtant, il reste pour les plus informés en matière juridique, l’outil ultime de vérification. La réforme qu’élabore la direction des relations du travail pourrait permettre par l’emploi d’une nouvelle terminologie et d’un style plus direct de rendre le code du travail plus accessible. Mais actuellement, ils utilisent d’autres outils pour l’appliquer. Ils sont recours à une variété d’ouvrages qui leurs livrent à la fois les procédures à suivre d’une manière très pragmatique et des exemples concrets qui les aident à élaborer la solution adaptée à la difficulté qu’ils rencontrent. Ils souhaiteraient sans vraiment l’exprimer aussi directement avoir un code du travail qui leur fournisse automatiquement la solution adaptée à leur environnement spécifique. En fait, ils souhaitent un ouvrage « presse-bouton » : face à tel problème dans telle situation aller à la page X. Hormis le fait que cela semble impossible. Les pouvoirs publics devraient donner une solution juridique à chaque problème potentiel pour tous les types d’entreprises. Cela aurait pour conséquence immédiate d’alourdir encore plus le code du travail par l’adjonction d’un nombre infini de règlements. Alors qu’ils déplorent dans leur ensemble l’épaisseur du code du travail et son manque de souplesse.
Par ailleurs, ils font intervenir un juriste de profession afin de pallier l’insécurité juridique naît de la complexité, du foisonnement des lois et des revirements de jurisprudence. En tant qu’expert, la décision du juriste est alors peu soumise à la critique. Il est dommage que la sensibilité et la logique RH doivent s’effacer. Alors que le droit social français offre souvent de multitudes de solutions face un problème. Il peut, pour des professionnels de la fonction RH mieux armés dans le domaine du droit social faire émerger une solution originale conduisant à la mise en œuvre d’une véritable politique RH même à l’occasion d’un litige voire d’un conflit plus important. Les responsables RH détenant une formation sérieuse en droit social et non une formation de juriste osent agir de cette manière.

Consultez la partie I

Pour tout renseignement,
Email : clave_lenaig@yahoo.fr
www.masterirh.org

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