Je « vacance »
donc je délègue
Il n’est pas de bon ton d’affirmer
aujourd’hui : « le sommet sait ; la base exécute
». Voilà déjà quelques décennies
que les discours s’accordent à démontrer l’intérêt
et les enjeux de la délégation… Et pourtant
? Et pourtant, dans les faits, la « chose » semble
difficile à réaliser et, au cœur de la grande
épopée des vacances, des responsables se sentiraient
bien coupables d’avoir oublié leur portable au bureau
!
Quelles peuvent être les causes de
cette « indispensabilité » du Moi ?
En quoi la délégation peut-elle être
source d’efficacité et comment l’orchestrer
?
Pourquoi vous est-il si difficile de déléguer
? Je vous invite à découvrir quelques questions
starter qui peuvent vous aider à isoler la ou les causes
de votre « non-délégation ».
Avez-vous confiance en vous ? Loin de
toute idée de toute-puissance, la confiance en soi présuppose
de reconnaître nos compétences et nos « manques
», et de nous ouvrir suffisamment à l’autre
pour apprécier chez lui, non seulement nos similitudes,
mais aussi et surtout nos différences et donc, nos «
complétudes » possibles. Avoir confiance en soi,
c’est marcher dans l’incertitude. Avoir confiance
en soi, c’est oser le pari de la confiance, ni sourde, ni
aveugle.
Avez-vous confiance en l’autre ? Pensez-vous que ce que vous pouvez faire, un autre peut le faire
aussi ? Depuis 16 ans, combien de fois ai-je constaté des
compétences certaines chez des apprenants, compétences
qu’ils ignorent bien souvent eux-mêmes, compétences
non orchestrées dans leur vie professionnelle et qu’ils
se font fort de jouer ailleurs ! Qu’elles se nomment capacité
à résoudre des problèmes, écoute et
ouverture à autrui, force de propositions, sens de l’organisation,
capacité à intégrer des concepts et à
les convertir en actions, sens de l’équipe, ou encore
« motivateur » ; ces qualités non conscientes
existent, mais, non décelées par les responsables
et non sanctionnées par un diplôme, se meurent.
Avez-vous peur qu’une partie des informations
et, par voie de conséquence, du pouvoir, vous échappe
? Tout savoir vous porte à tout contrôler. Aimeriez-vous
que votre hiérarque évalue en permanence tous les
moyens que vous mettez en œuvre pour atteindre vos objectifs
? Ne penseriez-vous pas : « Il ne me fait pas confiance
? » Le sur-contrôle est un handicap à la délégation,
comme peut l’être, à l’inverse, le non-contrôle
ou « l’abandon du gouvernail ».
Avez-vous peur de l’échec ? Il ne s’agit pas de s’identifier à ses échecs,
mais de les transcender. Avant de savoir conduire, n’avez-vous
pas calé x fois ? Et n’est-ce pas grâce à
ces erreurs que vous avez appris à débrayer ? L’échec
est inhérent et même vital à l’apprentissage…
Encore faut-il se le permettre, savoir donner ces permissions
aux autres, analyser et corriger le tir !
Redoutez-vous que le délégataire
vous prenne votre place ou que vos propres idées soient
remises en question ? « Manager, c’est faire-
faire ». Manager, c’est faire progresser les hommes
vers plus d’autonomie et ainsi faire évoluer les
postes. A ce prix là, l’entreprise évolue.
Trop de responsables confinent leurs collaborateurs à des
rôles d’exécutants ou de spécialiste
« ad vitam aeternam », ce qui stérilise l’entreprise
et justifie « le chef a toujours raison ».
Avez-vous peur de perdre la reconnaissance
de vos supérieurs ? Aussi vital est le verre d’eau
qui étanche votre soif, aussi vitale est la reconnaissance
que les autres nous donnent. Tout homme a besoin de « recevoir
». A contrario, agir pour être reconnu provoque un
sentiment de dépendance insatiable. Par contre, permettre
au délégataire d’être reconnu, en être
le promoteur et le taire, c’est savoir donner ; acte gratuit
! Votre satisfaction sera ce sentiment qui accompagne le don.
Votre estime de vous-même n’en sera que plus grande.
Pour vous apporter de la reconnaissance, vous n’avez pas
besoin de l’autre, sauf en cas de dévalorisation.
Etes-vous plutôt perfectionniste ? Perfection et sérénité sont deux attentes
contradictoires. L’erreur est bien souvent moins préjudiciable
que votre regard critique qui, lui, peut générer
des erreurs. Si vous abandonnez votre obsession maladive pour
les détails, vous serez surpris des bénéfices
à en tirer dans votre vie professionnelle et en général…
… Tant de peurs dans la tête de futurs
délégants, et cependant, tant de réussites
! pourquoi donc et comment orchestrer une vraie délégation
?…
Deux raisons essentielles à ce
formidable outil de management qu’est la délégation
.
D’une part, chacun sait combien la centralisation des pouvoirs
produit des organisations en « entonnoir », véritables
« goulots d’étranglement » à l’initiative,
la motivation et l’efficience. La délégation,
au contraire, a un effet démultiplicateur ; le délégant
et le délégataire sont responsables à 100%
de la mission déléguée. La responsabilité
ne se partage pas : elle se multiplie.
D’autre part, si vous faites un brainstorming
autour du verbe « déléguer », vous accoucherez
probablement de « leg » : l’héritage.
Autant dire que le fait d’être désigné
comme l’héritier procure des sentiments de reconnaissance,
d’anoblissement, d’affiliation et de confiance.
Enfin, vos collaborateurs ont besoin de prouver
d’autres compétences. Et les exhortations du type
: « Prenez donc des responsabilités ! » restent
vaines tant que l’on n’a pas intégré
que tout individu ne peut exceller tant qu’il ne connaît
pas les limites de son champ de responsabilités.
Alors, comment pratiquer ?
Déléguer, c’est confier à un subordonné
direct une mission sur une période définie, ce qui
présuppose, d’une part, un lien de subordination,
d’autre part, une responsabilité avec un certain
pouvoir de décision, et enfin, une durée précisée,
sous peine de quoi la définition de mission n’est
plus adéquate. Il ne s’agit donc pas d’une
simple attribution des tâches, ni, par ailleurs, d’une
mission dont les objectifs seraient définis par le délégataire
lui-même. La délégation a ses limites, sous
peine de quoi elle n’en mérite pas le nom ou glisse
dangereusement vers le « laisser-faire » ou «
l’abandon du gouvernail » .
Déléguer exige 2 maîtres-mots :
1) définition d’un réel objectif
2) contrôle des résultats.
Seuls les moyens seront négociés entre les 2 parties.
Enfin, préparez votre délégation.
Cela ne s’improvise pas et requiert plusieurs étapes.
a) Proposez une mission et écrivez là. Précisez
les objectifs et les moyens, déclinez les limites du pouvoir
de décision du délégataire et indiquez les
moments de contrôle. (pas de contrôle-suprise taylorien
!)
b) Choisissez votre délégataire. Il sera «
autonome » c’est-à-dire pourvu de la compétence
et de la motivation sur cette mission. Refusez tout « accord
du bout des lèvres » et respectez un éventuel
refus. Pour déléguer, il faut une personne sachant
« donner » et une autre sachant »recevoir ».
c) Faites connaître à vos collaborateurs votre choix
du délégataire et les raisons de votre choix. Expliquer
sécurise, même si cela vous est difficile et si vous
redoutez des jalousies. « Ce n’est pas parce qu’il
y a des difficultés que nous n’osons pas, mais c’est
parce que nous n’osons pas que naissent les difficultés
».
Pour consulter les formations de Caroline Bertrand cliquez sur
le logo 