Le départ négocié
L’employeur et le salarié peuvent
décider de mettre fin par consentement mutuel au contrat
de travail. Quel est l'intérêt de ce mode de rupture
du contrat de travail ? En principe, cet accord mutuel ne peut
être remis en cause. Par ailleurs, les dispositions relatives
au licenciement ou à la démission ne s’appliquent
pas…
Dans quelles situations rompre à
l’amiable ?
La loi elle-même autorise la rupture du
contrat de travail par consentement mutuel. De même, les
juges admettent en général ce mode de rupture, sauf
pour protéger certains salariés.
Dans le code du travail, il est d'ailleurs indiqué
que, passé la période d’essai, l’employeur
et l’apprenti peuvent rompre le contrat d’un commun
accord. Ou encore, le contrat de travail à durée
déterminée peut être rompu avant son terme
d’un commun accord. Il en est de même pour certains
contrats aidés (par exemple, le contrat de qualification,
le CIE) comme, bien entendu, pour le contrat à durée
indéterminée.
Pour quel motif rompre à l'amiable
?
Les juges autorisent la rupture du contrat de
travail à l’amiable aussi bien pour motif personnel
(par exemple, en cas de mésentente entre salarié
et employeur) que pour motif économique.
Attention. En cas de rupture amiable pour motif
économique, la procédure de licenciement pour motif
économique doit, en tout ou partie, être suivie.
Comment rompre le contrat de travail
de manière amiable ?
Afin que la rupture amiable du contrat de travail
soit valable, la volonté de chacune des parties doit être
certaine. Dès lors, tel n’est pas le cas lorsque
l'employeur avait mis en œuvre une procédure de licenciement.
En effet, la mise en oeuvre de cette procédure révèle
l’existence d’un litige entre les parties sur la rupture
du contrat de travail, excluant toute rupture amiable (Cass. soc.
5 décembre 2001). Dans un tel cas, la rupture peut alors
être requalifiée en licenciement.
Pour être valable, l’accord des parties
doit être exempt de vice (erreur, dol et violence). De plus,
les parties doivent avoir la capacité juridique (ainsi,
par exemple, le salarié mineur non émancipé
ne peut contracter). Enfin, l’objet et la cause de l’accord
doivent être licites.
Un écrit doit-il être rédigé
?
Légalement, la rupture amiable n’est
soumise à aucune condition de forme particulière.
Toutefois, il est conseillé de prévoir un écrit
pour des questions de preuves. En effet, en cas de litige, c’est
celui qui invoque la rupture amiable qu’il doit apporter
la preuve de l’existence de l’accord mutuel (Cass.
soc. 29 avril 1969). En revanche, la forme de cet écrit
importe peu : contrat signé par les parties, échange
de correspondances, etc.
Important. Il est donc prudent
de mentionner par écrit :
- la nature, la date et les circonstances de
la rupture ;
- le sort des obligations liées au contrat
( par exemple, le sort d'une clause de non-concurrence, le sort
d'un véhicule de fonction, etc. ) ;
- les éventuelles indemnités versées
(c'est-à-dire les sommes dues au titre de l’exécution
du contrat ou les sommes négociées dans le cadre
de l’accord de rupture ).
Pour les contrats à durée déterminée
: Pour la jurisprudence, l’accord doit résulter d’une
volonté claire et non équivoque (Cass. soc.21 mars
1996), comme pour les autres contrats. De son côté
en revanche, l’administration exige un écrit (circ.
DRT 92-14 du 29 août 1992). En cas de rupture amiable d'un
CDD, il est donc plus prudent de rédiger un écrit.
Pour les contrats d’apprentissage : Le
code du travail indique que l’accord sur la rupture amiable
doit être constaté par écrit, signé
par les cosignataires et notifié au directeur du CFA ou
à la chambre des métiers ainsi qu’au service
ayant enregistré le contrat.
Quelle procédure doit être
respectée ?
La procédure diffère selon le motif
de la rupture amiable.
- En cas de rupture amiable pour motif personnel
: Dans ce cas, la procédure de licenciement ne s’applique
pas (pas d’entretien préalable, pas de notification
de la rupture, etc.). Par ailleurs, le salarié ne peut
prétendre à une indemnité de licenciement
(Cass. soc. 20 mars 1980). Toutefois, il est fréquent qu'une
indemnité de rupture soit négociée.
Remarque. Le contrat de travail étant
rompu d’un commun accord, aucun préavis ne doit être
exécuté. Le salarié ne peut donc prétendre
à aucune indemnité compensatrice de préavis
(Cass. soc. 30juin 1993).
- En cas de rupture amiable pour motif économique
: Dans ce cas, la procédure de licenciement pour motif
économique s'applique. Ainsi, selon le cas, l'employeur
doit consulter les représentants du personnel, convoquer
le salarié à un entretien préalable, mettre
en place un plan de sauvegarde de l’emploi, informer l’administration,
etc.
Attention. Jusqu’à présent,
en cas de rupture amiable pour motif économique, la jurisprudence
préconisait le versement d'une indemnité de rupture
au moins égale à l'indemnité de licenciement.
Cette jurisprudence pourrait être remise en cause par la
jurisprudence récente sur le départ volontaire intervenant
dans le cadre d’un plan social (Cass. soc. 25 juin 2002).
Toutefois, en pratique, il sera difficile à un employeur
d'obtenir l’accord d’un salarié sans lui verser
au moins ce à quoi il aurait droit en cas de licenciement
économique.
Comment contester un tel accord ?
Deux situations différentes doivent être
envisagées :
- En cas de fraude à la loi ou de consentement
vicié : Une action en nullité peut être intentée
auprès du Conseil de Prud’hommes. Si la convention
est annulée, la rupture amiable peut être requalifiée
en licenciement. Le salarié peut alors recevoir diverses
indemnités liées à la rupture du contrat
de travail (y compris celles relatives au préavis et au
licenciement) ainsi que des dommages-intérêts pour
le préjudice subi (Cass. soc.27 janvier 1998).
- En cas d’inexécution de l’accord
: Lorsqu’une partie à la convention n’exécute
pas ses obligations, l’autre partie peut demander soit son
exécution forcée, soit sa résolution en justice.
Par exemple, si l’accord prévoit que l'employeur
verse une indemnité dans un certain délai et que
le salarié ne reçoit aucune somme, ce dernier peut
agir en exécution forcée ou demander la résolution
judiciaire de l’accord.
Attention.
La rupture amiable ne se confond pas avec :
- la résiliation judiciaire : celle-ci
est prononcée par le juge pour sanctionner l’inexécution
de ses obligations par l’une ou l’autre des parties
- la transaction : celle-ci n'est pas un mode
de rupture du contrat de travail. Elle intervient une fois la
rupture prononcée pour éteindre, par des concessions
réciproques, un litige né ou à naître
résultant de la rupture.
- le reçu pour solde de tout compte :
celui-ci, délivré à la résiliation
ou à l’expiration du contrat de travail, n’a
plus que la valeur d’un simple reçu.
Références juridiques : Articles
L.121-1, L.117-17, L.122-3-8, L.122-17, L. 321-1 et R.117-16 du
code du travail, articles 1134 et 1184 du code civil.
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