Lindemnisation de l'accident du travail
Quelles sont les obligations du salarié
victime ?
Le salarié victime dun accident
du travail doit en informer lemployeur ou lun de ses
représentants le jour même de laccident ou,
au plus tard dans les 24 heures (sauf en cas de force majeure,
d'impossibilité absolue ou de motif légitime).
Si cette déclaration nest pas effectuée
oralement, le salarié doit envoyer une lettre recommandée
avec accusé de réception.
Quelles sont les obligations de l'employeur
?
Lemployeur doit informer la CPAM de la
victime dans les 48 heures de laccident (non compris les
dimanche et jours fériés). Cette information seffectue
par le biais dun imprimé fourni par la CPAM. En pratique,
l'employeur adresse les 3 premiers volets à la CPAM, par
lettre recommandée avec accusé de réception,
et conserve le 4ème volet.
Par ailleurs, si le salarié victime de
laccident bénéficie d'un arrêt de travail,
lemployeur doit remettre à la CPAM un imprimé
mentionnant les informations nécessaires au calcul de son
indemnisation.
Important : La victime a de deux ans pour
effectuer lui-même sa déclaration à la CPAM
si l'employeur ne l'effectue pas lui-même.
De plus, lemployeur doit remettre une feuille
daccident au salarié, appelée triptyque ou
feuille de soins lui permettant de ne pas effectuer lavance
des soins. Cet imprimé comporte trois volets : le volet
n°1 pour le salarié, le volet n°2 pour le médecin
et le volet n°3 pour le pharmacien.
Remarque : Enfin, laccident du travail
qui nentraîne ni arrêt de travail, ni soins
médicaux doit être mentionné sur le registre
des accidents bénins (lorsqu'il existe).
Quelle est l'indemnisation versée par
la Sécurité sociale ?
Le salarié victime d'un accident du travail
en arrêt maladie perçoit des indemnités journalières
de la CPAM dès le lendemain de son arrêt de travail
et ce, pendant toute la période de son incapacité,
cest-à-dire soit jusqu'à la guérison
complète, soit la consolidation de la blessure, soit le
décès du salarié.
A noter : Le jour même de laccident
est, quant à lui, intégralement indemnisé
par lemployeur.
Le montant de lindemnité journalière
est égal à :
- 60% du salaire journalier de référence
pendant les 28 premiers jours avec un montant maximum de 141,23
€ depuis le 1er janvier 2002;
- et à 80% du salaire journalier de référence
dès le 29ème jour avec un montant maximum de 188,31
€ depuis le 1er janvier 2002.
Toutefois, lindemnité versée
au salarié ne peut être supérieure au salaire
net perçu par le salarié avant son accident.
A noter: Si l'arrêt de travail est
supérieur à 15 jours, les indemnités sont
versées au moins deux fois par mois.
En revanche, si larrêt de travail
est supérieur à trois mois, lindemnité
journalière peut être revalorisée si une augmentation
générale des salaires intervient postérieurement
à laccident arrêt (2,2% depuis le 1er janvier
2002).
Par ailleurs, si le salarié est victime
d'une incapacité permanente, il peut percevoir des indemnités
versées en capital ou sous forme de rente.
Les indemnités sont versées en
capital, selon un barème forfaitaire fixé par décret,
si l'incapacité permanente est inférieure à
10%.
Les indemnités sont versées en
capital sous forme de rente :
- si lincapacité est supérieure
à 10% :
Le montant de cette rente est calculé
en fonction du taux dincapacité et du salaire de
base, selon la formule suivante :
Rente = salaire annuel x taux dincapacité
(multiplié par 0,5 pour la partie inférieure à
50% et multiplié par 1,5 pour la partie supérieure
à 50%)
Exemple :
- pour une incapacité de 30%, le taux
pris en compte pour le calcul de la rente est de 15% ;
- pour une incapacité de 75%, le taux
pris en compte pour le calcul de la rente est de (50 x 0,5) +
(25 x 1,5) soit 62,5%.
Remarque : la rente peut être majorée
si la victime a besoin dune tierce personne pour laider.
Elle est versée chaque trimestre durant toute la vie du
bénéficiaire. Par ailleurs, son montant est révisable
selon lévolution des lésions.
2ème hypothèse : lorsque laccident
a été mortel pour la victime, une rente peut être
versée au conjoint, aux ascendants, voire aux ascendants.
Le salarié perçoit-il une indemnisation
complémentaire de la part de l'employeur ?
La loi sur la mensualisation du 19 janvier 1978
prévoit que les indemnités journalières de
Sécurité sociales sont, sous certaines conditions,
complétées par lemployeur.
Attention, la convention collective applicable
dans lentreprise peut prévoir des dispositions plus
avantageuses pour le salarié que les dispositions de cette
loi sur la mensualisation.
· Bénéficiaires de lindemnité
complémentaire
Le salarié doit justifier dune ancienneté
minimale de trois ans au premier jour de labsence. En conséquence,
si le salarié a moins de trois ans dancienneté,
lemployeur peut opérer une retenue de salaire proportionnelle
à la durée de labsence.
· Point de départ de lindemnisation
complémentaire
Lemployeur doit verser lindemnité
complémentaire au salarié dès le premier
jour de labsence (en cas dabsence suite à un
accident de trajet, lindemnité complémentaire
nest versée quà compter du 11ème
jour de larrêt).
· Montant de lindemnité
complémentaire
Lindemnité complémentaire
est égale à :
- 90% du salaire brut que le salarié aurait
perçu sil avait travaillé, y compris les indemnités
journalières versées par la Sécurité
sociale pendant les 30 premiers jours calendaires ;
- 66,66% de ce même salaire pendant les
30 jours suivants.
Lindemnité est augmentée
de 10 jours par tranche de 5 ans dancienneté, dans
la limite de 90 jours.
Ancienneté du salarié |
90% du salaire brut |
66,66% du salaire brut |
de 3 à 8 ans |
30 jours |
30 jours |
de 8 à 13 ans |
40 jours |
40 jours |
de 13 à 18 ans |
50 jours |
50 jours |
de 18 à 23 ans |
60 jours |
60 jours |
de 23 à 28 ans |
70 jours |
70 jours |
de 28 ans à 33 ans |
80 jours |
80 jours |
Dès 33 ans |
90 jours (maximum) |
90 jours (maximum) |
· Plafond de lindemnisation complémentaire
Lindemnisation complémentaire est
plafonnée dune part pour une même maladie et
dautre part, par période de douze mois.
Pour une même maladie : la durée
de lindemnisation ne peut pas dépasser le nombre
de jours à 90% puis à 66,66% correspondant à
lancienneté du salarié.
Par période de douze mois : le salarié
ne peut pas percevoir, par période de douze mois, pour
des arrêts de travail différents, un nombre de jours
indemnisés supérieur au nombre de jours auxquels
il a droit compte tenu de son ancienneté. Le point de départ
de ce décompte est le premier jour du nouvel arrêt
de travail et non le premier jour de lindemnisation.
Par exemple, pour un salarié ayant 5 ans
dancienneté, absent du 1er mai au 8 août 2002
inclus. Si, au cours des douze mois précédent le
1er mai, il a déjà perçu 18 jours dindemnités
complémentaires à 90%, il naura droit quà
11 jours à 90% et 30 jours à 66,66%.
Exemple : Pour un salarié ayant
20 ans dancienneté qui se trouve en arrêt de
travail 137 jours, le jour de laccident est payé
intégralement par lemployeur. Par ailleurs, il perçoit
dès le lendemain de laccident :
- les indemnités journalières de
la Sécurité sociale ;
- les indemnités complémentaires
de lemployeur visant à compléter les indemnités
de Sécurité sociale afin que lindemnisation
totale soit égale à 90% de son salaire brut du 1er
au 60ème jour et 66,66% de ce même salaire brut du
61ème jour au 120ème jour. Dès le 121ème
jour et jusquà la fin de son arrêt de travail,
le salarié ne perçoit plus que les indemnités
journalières de la Sécurité sociale.
Important : Le salarié victime
de laccident du travail peut obtenir une réparation
complémentaires en cas de faute inexcusable de lemployeur
ou de ses préposés.
Quelle est l'indemnisation du salarié
en cas de faute inexcusable de l'employeur ?
Lorsque laccident du travail est dû
à la faute inexcusable de lemployeur ou de lun
de ses préposés, le salarié ou ses ayants
droits ont droit à une majoration de la rente qui sajoute
à la rente forfaitaire. En revanche, aucune majoration
ne peut être effectuée sur les indemnités
journalières.
· Les caractéristiques de la
faute inexcusable
Selon une ancienne définition résultant
de l'arrêt Veuve Villa du 15 juillet 1941, la faute inexcusable
était définie comme une faute d'une gravité
exceptionnelle, dérivant d'un acte ou d'une omission volontaire
ou de la conscience du danger que devait en avoir son auteur.
Or, dans 29 arrêts rendus le 28 février 2002, la
Cour de cassation a retenu la faute inexcusable de l'employeur
en matière d'accidents du travail et de maladies professionnelles
liées à l'amiante. En effet, selon la Cour de cassation,
"en vertu du contrat de travail le liant à son salarié,
l'employeur est tenu envers celui-ci d'une obligation de sécurité
de résultats notamment en ce qui concerne les maladies
professionnelles contractées par ce salarié du fait
de produits fabriqués ou utilisés par l'entreprise".
Dans cet arrêt, la Cour facilite la constatation de la faute
inexcusable en créant une obligation générale
de résultats et en inversant la charge de la preuve. Le
salarié victime d'un accident ou d'une maladie professionnelle
ne doit plus prouver la faute inexcusable de l'employeur, le simple
manquement à l'obligation de sécurité la
constituant. C'est donc à l'employeur de démontrer
qu'il a rempli son obligation en ayant pris les mesures nécessaires
pour préserver la santé de ses salariés.
· Les auteurs de la faute inexcusable
La faute inexcusable peut être reprochée
à lemployeur ou à la personne qui dirige le
travail et exerce le pouvoir de contrôle. Le prépose
doit avoir conscience du danger et des risques et doit avoir le
pouvoir de faire respecter les règles de sécurité
dans lentreprise.
En principe, la faute de la victime ou d'un tiers
n'exonère pas l'employeur, sauf si cette faute est la cause
déterminante de l'accident.
· Les conséquences de la faute
inexcusable pour le salarié
- Majoration de la rente
Lorsque la faute inexcusable est reconnue, le
salarié reçoit une majoration de sa rente. Celle-ci
est calculée en fonction de la gravité de la faute
et non du préjudice subi. Toutefois, la rente majorée
ne peut pas dépasser :
- le salaire de la victime en cas d'incapacité
totale ou de décès ;
- l'indemnité en capital en cas d'incapacité
totale inférieure à 10 % ;
- la fraction de salaire correspondant au taux
d'incapacité s'il s'agit d'une incapacité permanente
partielle.
- Réparation du préjudice esthétique
et d'agrément
La victime peut également demander la
réparation des préjudices esthétiques et
dagrément (par exemple du préjudice subi par
la perte ou la diminution de ses réelles possibilités
de promotion professionnelle). La juridiction compétente
est la juridiction de sécurité sociale. Cest
la caisse primaire de sécurité sociale qui verse
le montant de cette somme mais elle la récupère
ensuite auprès de l'employeur.
· Les conséquences de la faute
inexcusable pour lemployeur
- paiement dune cotisation complémentaire
Lemployeur responsable dune faute
inexcusable doit sacquitter dune cotisation complémentaire
destiné à financer la majoration de la rente. Le
taux et la durée de cette cotisation complémentaire
sont fixés par la CRAM sur proposition de la CPAM, en accord
avec l'employeur (sauf recours judiciaire). Cette cotisation ne
peut être versée pendant plus de 20 ans, ni dépasser
50 % de la cotisation normale de l'employeur, ni dépasser
3 % des salaires servant de base au calcul de la cotisation normale.
L'employeur et la CPAM peuvent décider que le versement
sera effectuée en une seule fois.
- Remboursement des dommages et intérêts
versées par la CPAM au salarié pour les préjudices
desthétique et dagrément
- Condamnation pénale
Laccident du travail peut éventuellement
entraîner une condamnation pénale de lemployeur.
En effet, un accident du travail mortel peut entraîner la
condamnation pénale de lemployeur pour homicide involontaire.
Remarque : L'employeur peut s'assurer
contre les risques financiers liés à sa propre faute
inexcusable ou à celle réalisée par lun
de ses préposés. Dans ce cas, une cotisation supplémentaire
peut lui être imposée par la caisse de sécurité
sociale.
Quels sont les effets de l'accident du travail
sur le contrat de travail ?
En principe, laccident du travail constitue
une simple cause de suspension du contrat de travail. Toutefois,
la rupture peut être prononcée dans certains cas.
· La suspension du contrat de travail
Le contrat de travail dun salarié
victime dun accident du travail est suspendu pendant toute
la durée de larrêt de travail et éventuellement
durant le délai dattente et la durée du stage
de réadaptation, de rééducation ou de formation
professionnelle ordonné par la COTOREP. La suspension prend
fin à la suite de la visite médicale de reprise
effectuée par le médecin du travail qui vérifie
alors si le salarié est ou non apte à reprendre
son emploi précédent.
· Effets de laccident du travail
sur la période dessai
La durée de larrêt de travail
provoqué par laccident na aucun effet sur la
durée de la période dessai. Ainsi, les tribunaux
acceptent la prolongation de la période d'essai en cas
d'accident du travail (Cass. soc.4 février 1988).
· Effets de laccident du travail
sur la rémunération
Voir indemnisation
· Effets de laccident du travail
sur lancienneté
Larrêt de travail provoqué
par laccident est pris en compte dans le calcul de lancienneté
pour la détermination de lindemnité de licenciement,
du préavis, de la prime dancienneté, etc.
· Effets de la maladie sur les congés
payés
Larrêt de travail provoqué
par laccident est assimilé à du temps de travail
effectif pour le calcul des droits à congés payés
à la double condition :
- davoir été ininterrompu
;
- de ne pas avoir excédé un an
: en effet, larrêt de travail dune durée
supérieure à un an ne donne pas droit à des
congés payés.
· Effets de la maladie sur le préavis
Le préavis est suspendu pendant toute
la durée de larrêt de travail provoqué
par laccident.
Le salarié peut-il rompre le contrat de
travail du salarié victime d'un accident du travail ?
En principe, pendant la période darrêt
de travail, le salarié bénéficie dune
protection spéciale contre son licenciement. Toutefois,
lemployeur peut le licencier :
- en cas de faute grave ;
- en cas dimpossibilité de maintenir
le contrat de travail pour un motif non lié à laccident
du travail.
Références juridiques : Articles
L. 441-1 et svts, L. 452-1 et svts., R. 441-2 et svts du code
de la Sécurité sociale
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