La fidélisation des salariés : une tentative de
réponse à la pénurie de main d’œuvre (Partie I et II)
David Arveiller, Consultant en Organisation et Ressources
humaines
Article publié intégralement dans le n° 36
des Cahiers du DRH, Editions LAMY
Introduction
Le
salaire : un élément important, mais non suffisant
La
satisfaction, moteur de la fidélisation
La
réduction du temps de travail
Les
accessoires de rémunération : la voiture de fonction
Les
avantages financiers
Accompagner
le parcours professionnel
Inciter
à rester ou dissuader de partir ?
Conclusion
Introduction
Peut-on encore fidéliser des collaborateurs par
un salaire élevé, assorti le cas échéant d'une clause de non-concurrence ?
La responsable des ressources humaines d'une entreprise de haute technologie
nous explique pourquoi cette formule est aujourd'hui dépassée et fait
l'inventaire des outils dont disposent les DRH pour accroître la motivation
des salariés.
On l'aura compris, cette opération de séduction
ne se limite ni à des avantages financiers, ni à la mise en place
de dispositifs juridiques à caractère contraignant…
Confrontées
à des tensions grandissantes sur le marché du travail et à des taux
de turn-over atteignant parfois les 25 à 30 %, les entreprises
sont à la recherche de moyens qui leur permettent de stopper l'hémorragie.
La pénurie de main-d’œuvre qui frappe certains secteurs d’activité
à haute valeur ajoutée et en forte croissance (informatique, télécommunications,
industrie pharmaceutique, banques d’affaires, cosmétiques…) a notamment
comme conséquence immédiate l’adoption par les employeurs d’une attitude
de plus en plus commerciale vis-à-vis de leurs salariés. Cultivant
le concept de "client interne", les entreprises s'attachent
donc plus que jamais à cerner les attentes et les aspirations de leurs
collaborateurs de manière à y répondre aussi rapidement que possible.
Si une telle description semblera sans doute idyllique ou irréaliste
à nombre de DRH évoluant dans des univers moins favorisés, elle parlera
certainement à ceux des secteurs les plus dynamiques de notre économie,
qui suivent l’orientation définie par les multinationales d’outre-Atlantique,
relayées depuis quelques années en Europe par leurs consœurs britanniques
et allemandes… C'est en effet dans les activités de pointe qui les
employeurs ont ressenti les premiers la nécessité de fidéliser des
salariés prompts à comparer les avantages que leur offrent une entreprises
par rapport à ses concurrentes.
Ce type de comportement ne concerne
cependant plus seulement les ingénieurs : commerciaux, manager
à haute valeur ajoutée… autant de catégories de salariés qui leurs
propres comparaisons et se vendent au plus offrant.
Afin d'avoir
un aperçu des réponses envisagées par les DRH, nous avons interrogé
la responsable des ressources humaines de la filiale d’un groupe transnational
américain. De par son activité et les caractéristiques de ses collaborateurs
(voir encadré ci-contre/ci-dessus/dessous), cette entreprise a
développé des stratégies de fidélisation qui paraissent assez représentative
des pratiques mises en œuvre dans les secteurs les plus touchés par
la pénurie de main d’œuvre.
 Une
entreprise appartenant à un secteur de pointe
Cette entreprise
présente la particularité d'appartenir à un microsecteur en pleine
croissance, celui de l'E.D.A. (electronic design automation :
fabrication de puces électroniques).
Elle emploie aujourd’hui
100 salariés en France, dont 90 % de cadres, essentiellement
ingénieurs de formation. Les postes principaux sont des emplois de
responsables commerciaux, d’ingénieurs d’application et de chefs de
projets.
L’âge
moyen des salariés de la société est de 30 ans.

Le salaire : un élément important, mais non suffisant
David Arveiller : Dans un marché de l’emploi aussi dynamique,
est il nécessaire de payer les gens d’avantage pour les inciter à
rester dans leur entreprise ?
Responsable RH : Le salaire
est bien entendu un élément important de la fidélisation dans la situation
difficile que connaissent les entreprises du secteur informatique,
pas uniquement d’ailleurs celles évoluant sur le micromarché de l’E.D.A.,
dont notre groupe est un acteur international majeur.
Mais je
dirais que c’est probablement plus une raison de partir qu’une raison
de rester…
Pour dire les choses autrement, les entreprises ne
peuvent plus fidéliser leurs employés comme autrefois, de manière
relativement simple, au seul moyen du salaire.
S’il est vrai qu’une
rémunération sensiblement au-dessous des niveaux du marché est souvent
une source d’inquiétude ou de frustration pour un salarié et qu’une
rémunération bien supérieure aux "grilles" l’incitera à
être fidèle à son entreprise, une rémunération normale, voire légèrement
supérieure, ne le fera pas à elle seule rester.
En d’autres termes,
le salaire est une condition nécessaire mais non suffisante de la
fidélité des salariés vis-à-vis de leur entreprise.
Ce constat
est également vrai pour une population comme celle des ingénieurs
commerciaux, dont on entend pourtant si souvent dire qu’elle se comporte
en "mercenaire", se vendant systématiquement au plus offrant
et n’hésitant pas à changer d’entreprise dès lors qu’une offre supérieure
lui est faite !
Ce n’est pas la réalité, car les commerciaux
sont plus des "affectifs" que des "gestionnaires"
et s’ils veulent gagner plus, c’est souvent par désir d’être reconnus
et, disons le, aimés par leur entreprise… Une entreprise qui use de
moyens de reconnaissance à l’égard de ses salariés, sans nécessairement
augmenter de façon spectaculaire les salaires, a donc toutes les chances
de conserver ses éléments de valeurs.
La satisfaction, moteur de la fidélisation
D. A. :
Le sentiment d’affection que ressentent les salariés par rapport à
leur structure serait donc, à vous entendre, un élément important
de leur motivation et donc de leur stabilité…
A. T. : La
satisfaction de ce sentiment est même, pour les entreprises, l’élément
central de la fidélisation !
Si le sujet est vraiment de
chercher à comprendre comment on conserve ses employés, ma réponse
est sans ambiguïté : une entreprise ne garde ses "bons"
éléments qu’en veillant à ce qu’ils s’intéressent à ce qu’ils et,
j’irais plus loin, en leur procurant les moyens d’obtenir du plaisir
et même une certaine excitation dans leur travail.
Ce plaisir
et cette excitation peuvent être le résultat de l’activité elle-même,
mais elles sont aussi le résultat de l’atmosphère qui règne dans la
société. L’entreprise peut donc agir sur l’un ou l’autre de ces facteurs
afin d’améliorer la qualité de l’environnement de travail.
 Favoriser
l'intérêt du salarié pour son activité
L’entreprise favorise-t-elle
ou non l’établissement de relations personnelles entre les individus ?
Les cadres de l’entreprise se voient ils déléguer par leur hiérarchie
suffisamment de missions importantes et leurs supérieurs leur accordent-ils
une réelle autonomie ? Les collaborateurs non cadres ont‑ils,
eux aussi, la confiance de leur direction et se sentent-ils valorisés
dans leur fonction ?
Récemment, un de nos salariés s’est
entendu demander par son manager direct pourquoi il restait dans
la société. Il a répondu qu’il ne s’était précisément jamais posé
la question, peut-être parce que personne ne la lui avait posée jusqu’alors...
 Veiller
au climat social
Le charisme du "chef" et son intérêt
pour ses collaborateurs (leur demander si tout va bien, être capable
d’organiser un "pot" et de stimuler l’esprit d'équipe…)
ont pour conséquence immédiate une ambiance de travail favorable et
l’établissement de relations interpersonnelles de proximité entre
les salariés eux-mêmes. La qualité du climat social de l’entreprise,
élément essentiel d’une politique efficace de fidélisation des salariés,
en découle directement.
 Mettre
en place une hiérarchie de proximité
Enfin, dans une entreprise
comme la nôtre organisée en business units (c’est d’ailleurs le
propre de nombre de filiales de groupes étrangers dans nos secteurs
d’activité), les managers sont souvent géographiquement éloignées
de leurs subordonnés.
Il est alors important de nommer un site
manager (directeur de site) qui va veiller à faire vivre un lieu,
organisant et prenant des décisions concernant la vie quotidienne
de ce lieu, où nombre de salariés travaillent indépendamment les uns
des autres.
Sur ce plan, notre société souffre de l’absence d’implication
du site manager de sa principale unité en France, indifférent
à la bonne marche quotidienne du lieu dont il a la charge (pas de
réunions sur les aménagements à faire dans les bureaux ; pas
de consultation des équipes sur la machine à café et pas d’organisation
des commandes de fournitures générales par exemple), ce qui a pour
conséquence une moindre implication des salariés eux-mêmes et rejaillit
sur la cohésion d’équipe et donc sur l’ambiance de travail.
L’efficacité
de la politique de fidélisation mise en place dans l’entreprise s’en
trouve ainsi amoindrie et, ce, pour de simples questions d’organisation.
La réduction du temps de travail
D.A. : Les 35 heures
vous semblent-elles participer à la satisfaction de ce désir de bien-être ?
Un facteur de motivation…
RRH : La loi sur les 35 heures
a le grand mérite, d’une part, d’avoir encouragé les démarches participatives
et, d’autre part, d’avoir suscité une certaine prise de conscience
(chez les employeurs comme chez les salariés) de la valeur du temps
libre par rapport à l’importance démesurée accordée jusqu’alors au
salaire.
Ma réponse à la question des 35 heures dépend donc
du type de modalités qui ont été retenues pour mettre en œuvre la
réduction du temps de travail.
…sous certaines conditions
Si un vrai débat sur l’aménagement du temps a pu s’imposer, que les
chapitres de la formation, des embauches et de l’organisation ont
été traités, qu’une négociation réussie a abouti à un véritable accord
et a ainsi permis de renforcer l’autonomie de tous, alors les 35 heures
participent à la responsabilisation et donc à la motivation des salariés.
Si, à l’inverse, les 35 heures ont été appliquées "à la
va-vite", sans concertation et de façon rigide et uniforme pour
toutes les catégories de salariés présentes dans l’entreprise, les
employés n’y trouvent pas leur compte et seront sans doute plus tentés
de regarder ailleurs.
Qu'a fait l'entreprise en question ?
Comment a-t-elle mis à profit les 35 heures pour fidéliser les
salariés ? Quel bilan peut on en faire 1 an après ?
Même si je ne pense pas qu’une mauvaise application des 35 heures
soit à elle seule une raison de départ, ce sera sans aucun doute une
source de frustration de l’employé et donc n’induira certainement
pas chez lui un comportement des plus fidèles, surtout chez les salariés
non cadres.
 Les
cadres à part
Concernant les cadres en effet, il me semble que
les 35 heures ne constituent qu’un élément de confort, certes
souvent plus important qu’ils ne veulent bien le dire, mais qui ne
sera un facteur de concurrence ni à l’entrée ni à la sortie. Un cadre
ne partira pas de chez nous parce qu’un "meilleur" accord
35 heures existe ailleurs, pas plus qu’il ne viendra chez nous
par attrait de nos dispositions sur le temps de travail…
 Les accessoires de rémunération : la voiture de fonction
D. A. : Vous dîtes qu’un salaire élevé n’est pas suffisant
pour fidéliser les employés. Peut-on dire la même chose des avantages
en nature et autres accessoires de rémunération ?
RRH :
C’est là un sujet important qui fait l’objet de toutes les attentions
de la part des DRH et des chefs d’entreprise.
Si je pense sincèrement
que le salaire n’est plus le seul moteur de satisfaction, les avantages
divers mis bout à bout peuvent représenter autant que le salaire lui
même et, à ce titre, ils ne sont pas à négliger.
Lorsqu’on évoque
les avantages en nature, on pense tout d’abord à un outil simple,
qui s’est considérablement démocratisé ces dernières années :
la voiture de fonction.
Cet attribut n’est d’ailleurs plus attaché
à une fonction précise, mais constitue désormais un accessoire de
la rémunération de certains cadres méritants, dont l’entreprise souligne
ainsi l’importance.
La grosseur de la voiture dépend du niveau
hiérarchique de l’employé ou de la qualité de la négociation qu’il
aura su mener lors de son embauche ou à l’occasion d’un changement
de statut (allant, dans notre entreprise, de la Renault Laguna à la
BMW ou à l’Audi A6).
Il est à noter que les hommes sont toujours
aussi sensibles que jadis à la qualité et au prestige de la marque
qu’on met à leur disposition, alors que les femmes vont privilégier
le côté pratique du véhicule (voiture familiale par exemple)…
Mais il est surtout des avantages que les Américains appellent benefits
et qui sont en plein essor dans les entreprises.
Les avantages financiers
Il s’agit tout d'abord des avantages
accordés en matière de protection sociale, tels que les plans de retraite
par capitalisation, les assurances complémentaire-santé ou les systèmes
de prévoyance (assurances invalidité-décès).
A ce sujet, nous
n'avons pu mettre en place ces deux derniers outils de fidélisation,
notamment pour des raisons d’incompréhension de notre maison-mère
américaine au sujet des lois fiscales françaises.
A cela s'ajoutent
les divers systèmes de défiscalisation ou d'exonération, notamment
ceux relatifs aux frais professionnels. A titre d'exemple, 6 %
de nos salariés bénéficient de primes d'expatriation, les primes les
plus fortes étant versées à ceux de nos managers qui voyagent
le plus souvent et aussi le plus loin.
Prime d'expatriation exonérée :
attention danger !
Seules sont susceptibles d'être exonérées
de charges sociales les indemnités d'expatriation qui compensent des
frais supplémentaires de caractère spécial inhérents à la fonction
ou à l'emploi.
Il en va par exemple ainsi du remboursement des
frais de logement : frais de déménagement ; frais d'hôtel
pendant la période de déménagement pour le salarié, son conjoint et
ses enfants ; frais de garde-meuble dans le pays d'origine pendant
la période de déménagement ; double loyer au début et à la fin
du séjour; allocation logement en cas de double résidence (Lettre
ministérielle du 19 avril 1988 adressée à l'ACOSS).
Tel
n'est en revanche pas le cas des indemnités de dépaysement proportionnelles
au salaire et couvrant essentiellement des dépenses liées au climat,
aux conditions de vie ou à l'éloignement (Cass. soc., 26 sept.
1991, n o 89-13.135).
Il convient donc de manier
le traitement social de ces indemnités avec la plus extrême prudence,
en proscrivant dans la mesure du possible les allocations forfaitaires
aux profit d'une prise en charge sur justificatif des frais engagés.
Une autre technique, proche de la fraude à la loi, est de faire verser
à l'étranger la prime d'expatriation par l'entreprise d'accueil, sans
re-facturation et sans y faire référence dans des écrits en France
(contrats de travail, avenant etc.).
Autrement dit, pas vu pas
pris…
On peut enfin citer tous les systèmes ayant trait à l'épargne
et à l'actionnariat salarié, c'est-à-dire la participation ;
l'intéressement ; les plans d’épargne entreprise (PEE, PEI et
PPESV) ; les stock-options.
Ainsi, dans notre entreprise,
90 % des salariés – notamment tous les cadres ingénieurs –
ont droit à des stock-options. De grandes disparités en revanche
existent quant au nombre d’actions que les salariés ont le droit d’acheter
(entre 2 000 et 5 000 environ, pour donner une fourchette),
ce nombre dépendant de la personne, de son ancienneté et de la qualité
du travail fourni.
Accompagner le parcours professionnel
D.A. : Existe-t-il
en dehors des avantages financiers que vous évoquez, d’autre moyens
de fidéliser les salariés ?
RRH : Bien sûr. Aux avantages
financiers que nous venons d'évoquer s'ajoutent tous les outils qui
permettent d'accompagner le salarié dans son parcours professionnel.
En effet, des liens de franchise doivent nécessairement exister dans
une structure pour que les gens aient envie d’y travailler et d’y
rester : la hiérarchie se doit de s’intéresser à ses collaborateurs
afin de pouvoir répondre à leurs attentes.
Si les réponses sont
uniquement financières (dans un sens comme dans l’autre), alors il
y a lieu pour le manager de s’inquiéter et de revoir les objectifs
qu’il assigne à son salarié afin de lui faire retrouver l’envie de
travailler…
 Le
bilan de compétences
Dans le cas de salariés de valeur, en recherche
d’eux-mêmes, souhaitant changer d’activité alors que leur hiérarchie
ne le souhaite pas ou essayant au contraire de rester dans une fonction
alors qu’on leur propose d’évoluer, le bilan de compétence peut être
un excellent moyen de les motiver et donc, à terme, de les fidéliser.
Si les salariés ne sont pas aussi attirés a priori par un bilan
que par une voiture ou des titres boursiers, leur sentiment a posteriori
peut être inversé en cas de succès du bilan ayant pour conséquence,
par exemple, une reconversion réussie.
L’employé à qui un consultant
aura "ouvert les yeux" et éventuellement donné de nouvelles
perspectives professionnelles sera nécessairement reconnaissant à
son entreprise d’avoir marqué un réel intérêt pour ses motivations
(le coût d’un bilan pouvant avoisiner les 20 000 à 30 000 F).
Ce sera certainement pour lui, consciemment ou non, une vraie raison
de rester dans son entreprise.
 L'entretien
d'évaluation
Le meilleur moyen de démontrer que l'entreprise s'intéresse
à ses salariés et souhaite concourir à son évolution professionnelle
reste l’incontournable entretien annuel d’évaluation. Il se doit d’ailleurs
d’être approfondi sans pour autant tomber dans le paternalisme (1 heure
minimum).
A cet effet, une préparation écrite est demandée au
salarié sous la forme d’une note, dans laquelle il établit un bilan
de son année selon un canevas précis et identique pour tous. Une "revue
de performance" doit accompagner cette note, qui permettra au
supérieur d’avoir une double évaluation du salarié par lui-même et
par ses "clients internes" (on retrouve la notion qui nous
intéresse), c’est-à-dire par tous ceux qui utilisent ses services
dans l’entreprise et qui ont donc une opinion à formuler sur sa qualité
de travail.
Cet entretien est d’ailleurs, selon moi, insuffisant
et devrait être complété par un second entretien en cours d’année.
 Un
entretien intermédiaire
Au cours de cet entretien plus informel
(un quart d'heure suffit parfois), il sera question de l’atteinte
des objectifs à mi-parcours et, éventuellement, de la révision de
ces objectifs si la situation l’impose. Mais il sera également question
de la conjoncture du moment (changement de structure, progrès accomplis,
évolution de sa situation personnelle…) et des questions du salarié
face à ces facteurs nouveaux.
Il n’y a d’ailleurs pas nécessairement
d’articulation entre les deux entretiens, au cours desquels les mêmes
termes peuvent être abordés, mais qui sont tous deux destinés à "prendre
le pouls" du salarié pour être sûr d’être toujours en phase avec
ses attentes et pouvoir le réorienter le cas échéant au mieux.
Certains managers craignent, à tort, d’aborder les sujets de motivation,
persuadés qu’ils vont donner des idées de départ à leurs subordonnés.
Cette attitude est une erreur profonde, car c’est au contraire une
preuve d’intérêt que d’aborder ce sujet, en posant par exemple une
question simple qui va inciter le salarié à prendre conscience des
aspects positifs de son activité.
Les questions suivantes pourraient
par exemple être posées : "Qu’est ce qui vous fait aujourd’hui
rester chez nous ?" ; ou encore "Quelles sont
les raisons qui vous pousseraient à quitter l’entreprise?"
 Les
attentes des cadres dirigeants
Le coaching
Ils apprécient les propositions de coaching qui
leur sont faites de plus en plus souvent par leur direction générale
afin de leur permettre de se développer professionnellement grâce
à une aide extérieure suivie (le coach), ce consultant spécialisé
les aidant à améliorer tel ou tel point de leur comportement social
et les conseillant dans leur démarche de manager.
Les études de
haut niveau
Cette même catégorie de cadres demande également
parfois de reprendre des études longues et coûteuses, telles des M.B.A
(master of business administration), qui les feront évoluer plus
rapidement au sein des structures dirigeantes de leur entreprise.
De manière générale, notre entreprise examine la plupart du temps
favorablement la demande d’un salarié à reprendre des études, même
si elle ne cherche pas à le pousser dans ce sens. Cette démarche étant
lourde de conséquences en termes d’investissement personnel, je considère
que c’est une décision qui doit être mûrement réfléchie et, bien entendu,
émaner du salarié lui-même.
L’entreprise pourra alors participer
à hauteur de 50 % aux frais engagés (tuition fees) à concurrence
de 5 000 €, ce qui est loin d’être négligeable même si le salarié
n’est pas rémunéré pendant cette période d’absence.
Inciter à rester ou dissuader de partir ?
D.A. :
Dernière question : vous nous parlez de fidélisation "positive".
Existe-t-il des méthodes de fidélisation que l’on pourrait qualifier
de "négatives", qui forceraient l’employé à rester dans
son entreprise par crainte des conséquences d’un départ ?
RRH : Je ne crois pas qu’une entreprise puisse retenir ses salariés
contre leur gré ni que l’on motiver quelqu’un dans la contrainte.
Marge : "Je ne crois pas que l'on puisse motiver quelqu'un dans
la contrainte."
 La
clause de non-concurrence
Si vous pensez aux clauses de non-concurrence,
une entreprise comme la notre a depuis longtemps renoncé à les faire
figurer dans ses contrats de travail, les salariés risquant de ne
pas signer un contrat aussi coercitif…
S’il est vrai que nous
évoluons sur un micromarché, où la concurrence est parfaitement identifiée,
il en allait de même dans l'entreprise où je travaillais auparavant,
en l'occurrence un grand parc de loisirs. On peut donc certainement
percevoir un désintérêt pour de telles clauses.
Je ne vois qu’un
seul aspect contraignant qui puisse inciter – et non pas forcer –
les salariés à rester. C’est ce que j’appellerais un "code de
bonne conduite", qui se traduit par un engagement mutuel de faire
ou de ne pas faire.
 La
clause de déménagement
A titre d’exemple, citons le cas de l’ingénieur
américain à qui l’on propose de venir travailler en France. L’entreprise
s’engage à prendre en charge le coût de son déménagement (un cas récent
m’a fait chiffrer une telle opération à 160 000 F), en contrepartie
d’un remboursement de tout ou partie de la somme si l’employé quitte
volontairement son nouvel emploi dans les deux années suivantes.
La motivation de rester au moins ce temps là est donc grande !
 Clause
défensives : les précautions à prendre
Le principe
Une clause
qui, pour une durée déterminée, impose au salarié de rembourser, en
cas de démission, la prime à l'embauche qui lui a éventuellement été
versée ou encore les frais engagés par l'entreprise au titre de la
formation (clause de dédit-formation) ou du déménagement (clause de
"dédit-déménagement", voir développements ci-contre) est
licite, sous réserve de ne pas porter atteinte à la liberté du travail.
Autrement dit, il convient de ne pas priver le salarié de la faculté
de rompre le contrat de travail (voir par exemple, s'agissant d'une
clause de dédit-formation, Cass. soc., 17 juill. 1991, n o 8840.201).
Tel serait par exemple le cas si la clause imposait une obligation
de remboursement pour une durée excessivement longue, sans commune
mesure avec les frais engagés par l'employeur ou le montant de la
prime à l'embauche.
 Les
stipulations
Compte tenu du principe énoncé ci-dessus, il convient
de porter une attention toute particulière à la rédaction de telles
clauses (voir notamment J. Colbeaux, "Les précautions juridiques
à l'embauche", Liaisons soc. mag., mars 2001, p. 62).
Elles devront notamment préciser :
les circonstances dans lesquelles le salarié pourra être tenu de rembourser
ces frais. L'obligation jouera en principe en cas de démission, le
remboursement en cas de licenciement étant à exclure, sauf éventuellement
faute grave ou lourde. Tout cela doit bien évidemment être stipulé
dans la clause.
Il convient par ailleurs de préciser la durée
de l'engagement du salarié : à partir de quand et pour combien
de temps est-il tenu de rembourser ? Rappelons que cette durée
doit être raisonnable, c'est-à-dire proportionnée à la prise en charge
financière de l'employeur ou au montant de la prime à l'embauche ;
le montant du remboursement :
il s'agira vraisemblablement du coût du déménagement, du coût de la
formation ou du montant de la prime à l'embauche, mais les parties
au contrat peuvent prévoir un montant moindre ou encore dégressif
selon la date à laquelle le salarié décide éventuellement de démissionner
(ex. : pour un engagement d'une durée de deux ans, un remboursement
de 100 % en cas de démission les six premiers mois, puis de 75 %
les six mois suivants, etc.) ;
les modalités de remboursement : en une seule fois, par paiements
fractionnés, etc.
 Le
cas de la clause de stabilité d'emploi
Plutôt que de dissuader
le salarié de démissionner de manière indirecte, c'est-à-dire en imposant
le remboursement de certains frais en cas de départ anticipé, certaines
entreprises préfèrent parfois jouer la transparence et prévoient une
clause par laquelle le salarié s'engage purement et simplement à ne
pas démissionner. S'il décide malgré tout de quitter l'entreprise,
il devra verser à l'employeur un dédommagement dont le montant aura
préalablement été fixé par les cocontractants.
Une telle clause
n'est bien évidemment licite que si elle s'accompagne de contreparties :
dans ce cas, la renonciation du salarié à démissionner a pour corollaire
l'engagement de l'employeur à ne pas procéder au licenciement (sauf
faute grave ou lourde). En cas de rupture, ce sera cette fois à l'entreprise
de dédommager le salarié.
Toutes les précautions de rédaction
énumérées ci-dessus (durée de l'engagement, montant du dédommagement,
etc.) sont bien entendu transposables à la clause de stabilité d'emploi.
 La
clause de dédit-formation
Autre exemple comparable: l’entreprise
paie une formation "diplômante" non obligatoire à l’un de
ses salariés (ce qui implique, outre le prix de la formation, de lui
laisser un temps libre suffisant pour qu’il réussisse son cursus)
en échange de la stabilité de cet employé pendant une période minimale
après l’obtention de son diplôme…
 Conclusion
Si, comme on l’entrevoit dans cette interview, certaines
entreprises en France se mettent progressivement et efficacement à
fidéliser leurs salariés, on est encore bien loin de l’approche de
certaines grandes entreprises américaines, qui organisent par exemple
des séminaires de motivation géants – kick off –durant
lesquels tous les salariés (plusieurs milliers parfois, ainsi que
leurs conjoints et de nombreux clients) sont invités pendant plusieurs
jours dans des endroits spectaculaires.
De même, tout est fait
dans ces entreprises pour que les employés se sentent bien et n’aient
pas envie de partir. Ainsi, restaurants ouverts tôt le matin et tard
le soir, crèches dont les horaires s’adaptent à ceux des employés,
gymnases, piscines ou lieux de vacances sont-ils mis à l’entière disposition
des salariés.
La différence majeure avec l’Europe réside dans
le fait que ces entreprises américaines ont atteint en moyenne un
de 30 à 40 % dans la Silicon Valley en 2000, alors qu’en
Europe, pour notre société en tous cas, il n’atteignait que 10% pour
la même période.
Sans compter que certains des instruments de
fidélisation développés outre-Atlantique s'avèrent particulièrement
lourds à mettre en place et ont de quoi dissuader les DRH français.
Il en va ainsi des crèches, qui l'objet d'une réglementation particulièrement
pointilleuse.
Reste qu'il ne faut jamais perdre de vue qu’il est
beaucoup moins coûteux de garder un bon employé que d’en recruter
un nouveau, et que cela restera toujours vrai dans un marché tendu.
La fidélisation n’est donc pas seulement un outil efficace… C’est
aussi un outil bon marché !
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