Formation continue à l'Éducation
nationale: inquiétudes syndicales sur l'avenir des
GRETA
De nombreux GRETA (groupements d'établissements
d'enseignement), l'appareil du ministère de l'Éducation
nationale dans le domaine de la formation continue des adultes,
ont décidé de se séparer, avant la rentrée
scolaire 2006-2007, d'une partie de leurs personnels enseignants
et administratifs titulaires mis à disposition sur
des "emplois gagés". En raison de la mise
en oeuvre de la LOLF (loi organique relative aux lois de finances),
les GRETA sont tenus, depuis le 1er janvier 2006, d'assumer
sur leurs ressources propres l'intégralité du
coût des salaires et des charges sociales de leurs personnels
titulaires. Or, jusqu'à la fin 2005, le ministère
de l'Éducation nationale prenait à sa charge
les charges sociales patronales.
Adressée récemment aux recteurs, une note
de la DESCO (direction de l'enseignement scolaire) précise
que le ministère est en mesure de compenser partiellement
l'accroissement des charges des GRETA en 2006. En revanche,
le projet de loi de finances pour 2007 étant encore
en cours d'élaboration, la DESCO reste muette sur
l'exercice 2007. Selon les informations recueillies par
L'AEF, plusieurs recteurs auraient d'ores et déjà
écrit au ministère de l'Éducation nationale
pour signaler les difficultés financières
rencontrées par certains GRETA. Des CFA publics,
dont les équipes pédagogiques et administratives
comptent des titulaires sur emplois gagés, sont dans
une situation similaire. Près de 2 500 titulaires
exercent dans les GRETA sur des emplois gagés, dont
environ 1 400 enseignants.
APPEL À LA GRÈVE
Le SGEN-CFDT, qui appelle à la grève les
personnels des GRETA le 17 mai 2006, dénonce "le
sabordage des formations d'adultes de l'Éducation
nationale". "Le transfert sur les GRETA des charges
sociales patronales correspond à une augmentation
de 60% de la charge salariale pour les personnels titulaires",
assure l'organisation syndicale. Le SGEN attend une réponse
du ministre de l'Éducation après sa demande
d'une "réunion d'urgence". Le SNES considère
également que les GRETA sont "gravement menacés".
Les deux syndicats d'enseignants redoutent "une déperdition
du savoir-faire des GRETA du fait de l'accumulation des
départs des personnels enseignants titulaires qui
sont souvent les plus expérimentés".
"À la place, les GRETA embaucheront des contractuels
qui coûtent moins chers", affirme le SGEN. Quant
au SNES, il juge inévitables les départs de
titulaires "car les GRETA ne peuvent hypothéquer
leur avenir". Le syndicat estime à "10
millions d'euros pour 2006" le montant des coûts
supplémentaires que devront supporter les 275 GRETA.
COMPENSATION EN 2006
De son côté, le ministère de l'Éducation
nationale précise que "la situation est réglée
pour 2006" grâce à une compensation prévue
par la loi de finances pour 2006. Toutefois, compte tenu
de la nouvelle architecture budgétaire imposée
par la LOLF, le ministère ajoute qu'il ne pourra
"pas aider les GRETA ad vitam aeternam" même
si "l'augmentation rapide des charges peut effectivement
poser un problème pour les GRETA et les CFA publics
qui font largement appel aux emplois gagés".
Le ministère souhaiterait proposer une aide dégressive
aux GRETA "étalée sur deux ou trois ans".
"Nous avons réglé la première
étape mais rien ne peut être promis pour l'année
2007 tant que le budget ne sera pas voté par le Parlement",
explique le ministère.
Après discussion avec Bercy, le ministère
de l'Éducation nationale a obtenu de pouvoir compenser
en 2006 la majeure partie des charges nouvellement supportées
par les GRETA. Chaque recteur vient de recevoir une "note
de cadrage" du ministère. La compensation financière
devrait essentiellement porter sur le coût de la "contribution
employeur" de l'État au titre des pensions retraites
des personnels titulaires employés par les GRETA.
Le taux de cette contribution pour financer les pensions
civiles est désormais fixé à 49,9%
du traitement brut des agents publics (L'AEF du 10/01/2006,
60007). Cette année, les charges supplémentaires
des GRETA devraient donc être limitées aux
montants des contributions patronales portant sur les allocations
familiales (5,4% du traitement brut), sur l'invalidité
(0,3%) et sur les aides au logement (0,1%).
EMPLOIS GAGÉS
Les personnels titulaires de l'Éducation nationale
occupant un emploi gagé restent rémunérés
par l'État. Jusqu'à présent, les GRETA,
qui doivent réglementairement fonctionner sur ressources
propres, reversaient à l'État l'équivalent
de la rémunération nette de ces personnels.
Le ministère de l'Éducation nationale prenait
en effet à son compte le paiement des cotisations
patronales. De fait, le dispositif des emplois gagés
avait été mis en place pour permettre à
des personnels titulaires d'intervenir dans la durée
dans les GRETA. Les autres personnels intervenant dans les
GRETA sont des contractuels, des vacataires, ou des enseignants
rémunérés sur des heures supplémentaires.
Les situations diffèrent à l'échelon
académique, voire d'un GRETA à l'autre. Ainsi,
environ 200 emplois gagés sont recensés dans
l'académie de Créteil. La DAFCO (délégation
académique à la formation continue) chiffre
à 6,4% l'augmentation des dépenses des GRETA
en 2006. Cependant, "le nombre de départs de
personnels titulaires devrait rester limité car la
mesure a été annoncée tardivement",
prévoit la délégation académique.
En revanche, dans l'académie de Nantes, "près
de la moitié de la centaine d'emplois gagés
pourraient avoir quitté les GRETA à la rentrée
2006", avance Berick Igigabel directeur du GRETA d'Angers.
Selon lui, son GRETA a pris la décision de se séparer
de quatre titulaires sur emploi gagé sur treize dès
cette année. "Nous devrions en conserver trois
ou quatre en 2007", prévoit-il.
RETOUR EN CLASSE
Par ailleurs, pour le directeur du GRETA d'Angers, il est
possible que les économies espérées
sur le budget de l'État ne se vérifient pas
dans la pratique. "Les académies vont devoir
trouver des solutions d'emploi pour les personnels titulaires
quittant les GRETA. Peut-on parler d'économie si
ces personnels ne trouvent pas de poste et restent inoccupés
en zone de remplacement?" interroge-t-il. Autre difficulté
soulignée par les syndicats, "certains titulaires
sur emplois gagés des GRETA n'ont pas enseigné
depuis de nombreuses années devant des élèves,
voire pas enseigné du tout dans un établissement
scolaire en dehors de leur année de stage".
Quelques académies auraient prévu de mettre
en place des "sas" facilitant aux enseignants
leur passage de la formation continue à la formation
initiale, indique le SGEN CFDT. Le syndicat craint toutefois
que certains soient "envoyés en classe sans
formation préalable".
Le SNES refuse que cette situation soit "réglée
au cas par cas, académie par académie".
"C'est au ministère [de l'Éducation nationale]
de dégager les moyens nécessaires pour éviter
de pénaliser davantage le service public de la formation
continue des adultes, sauf à prendre le risque de
le faire disparaître." La circulaire du ministère
consacrée à la rentrée scolaire 2006
insiste pourtant sur la nécessité de confirmer
la vocation de l'Éducation nationale "à
intervenir sur le marché concurrentiel de la formation
professionnelle continue" en renforçant la qualité
des prestations dispensées par les GRETA et la professionnalisation
de leurs personnels.
Pour la DAFCO de Créteil, "la mission de service
public en matière de formation continue transcende
la question du statut des personnels. Certains GRETA fonctionnent
très bien avec peu de titulaires et beaucoup de contractuels".
Alors qu'une augmentation notable du nombre de contractuels
dans les GRETA se profile, le SGEN CFDT relève par
ailleurs que "la loi du 26 juillet 2005 transformant
les CDD en CDI pour les contractuels ayant six années
de service n'est toujours pas appliquée".
Réagissez et échangez autour
de ce sujet sur le forum
de discussion
Source :
www.L-aef.fr
Conformément au code sur la propriété
intellectuelle, toute reproduction ou transmission, de cette
dépêche est strictement interdite, sauf accord
formel de L'AEF.