Bilan de la négociation
collective en 2004: la formation professionnelle "un thème
central" de négociation
Malgré l'échec des discussions
sur les restructurations (L'AEF du 09/04/2004, 42624), "l'année
écoulée a surtout été marquée
par une relance du dialogue social interprofessionnel (...) avec
l'ouverture d'un nouveau cycle de négociation - pénibilité,
gestion des âges, télétravail - dont je souhaite
qu'il puisse aboutir cette année", observe Gérard
Larcher, ministre délégué à l'Emploi,
au Travail et à l'Insertion professionnelle des jeunes,
en ouverture ce lundi 27 juin 2005 de la réunion de la
CNNC (Commission nationale de la négociation collective)
consacrée au bilan de la négociation collective.
"L'accord d'avril sur la CRP (convention de reclassement
personnalisé) en est une première concrétisation",
ajoute le ministre qui salue "le dynamisme du dialogue social".
"L'année 2004 a vu la conclusion d'accords interprofessionnels
importants comme celui [du 1er mars] sur la mixité et l'égalité
professionnelle entre les femmes et hommes (L'AEF du 02/03/2004,
41417)."
En parallèle, 778 accords ont été
étendus par le ministère, dont une majorité
couvrent les champs de la négociation salariale (376 textes),
de la prévoyance et de la retraite (133 textes) et de la
formation professionnelle (62 textes).
Au total, au niveau interprofessionnel, 3 accords
et 47 avenants ont été conclus, parmi lesquels les
accords des réseaux OPCAREG et AGEFOS-PME sur la formation
du 20 septembre 2004 (L'AEF du 23/09/2004, 46331). C'est moins
que l'année précédente, qui recensait 66
ANI (accords nationaux interprofessionnels). En revanche, la négociation
de branche est "en forte hausse" avec 1 046 accords
signés, soit 162 de plus qu'en 2003.
LA FORMATION PROFESSIONNELLE: SECOND
THÈME DE NÉGOCIATION DE BRANCHE
Si le thème de la négociation salariale
reste prépondérant en 2004 avec 399 accords et avenants
(+15 par rapport à 2003), l'augmentation des accords de
branche conclus est liée au nombre d'accords traitant de
la formation professionnelle: 210 en 2004 contre 89 en 2003, soit
20% du total des textes signés. 149 accords de branche
ont pour thème la retraite et la prévoyance, 77
accords portent sur le temps de travail, dont 9 traitent du compte
épargne temps.
Les textes relatifs à la formation professionnelle
se décomposent en 174 avenants et 36 accords professionnels.
Ils concernent 135 branches. La loi du 4 mai 2004 relative à
la formation tout au long de la vie et au dialogue social a "significativement
contribué à cette impulsion" puisque 60% des
accords conclus ont été pris en application de la
loi, relève le ministère. Un dossier réalisé
par le cabinet Circé donne d'ailleurs des éléments
d'analyse sur un échantillon de ces accords (L'AEF du 22/06/2005,
54082). En ce qui concerne l'ensemble des textes, le plan de formation,
traité dans un quart des textes, et l'apprentissage, présent
dans un accord sur cinq, "restent deux thèmes centraux
de négociation". Huit textes sur dix ont abordé
la question des publics prioritaires pour l'accès à
la formation; le contrat de professionnalisation a quant à
lui été traité dans 70% des textes tandis
que le DIF (droit individuel à la formation) est abordé
dans 71 textes. 14 d'entre eux portent la durée du DIF
"au-delà des 20 heures légales".
En outre, 4 accords professionnels multibranches
ont été signés en 2004: l'accord du 26 mai
relatif à la mise en place d'un observatoire prospectif
des métiers et des qualifications dans les métiers
de l'alimentation qui couvre six conventions collectives (dont
boucherie, confiserie, poissonnerie); l'accord interbranche du
21 juin relatif au développement de la formation professionnelle
tout au long de la vie Carrières, matériaux de construction,
fabrication des ciments qui impacte quatre branches et dix conventions
(Outil n°44) ; l'accord du 15 décembre relatif à
la formation professionnelle dans les métiers de l'hôtellerie,
restauration et activités connexes (Outil n°136) ;
l'accord professionnel intersecteurs du 3 novembre dans les papiers-cartons
(six branches-neuf conventions collectives) (Outil n°18) .
NÉGOCIATION D'ENTREPRISE EN BAISSE
Le nombre d'accords d'entreprise s'élève
en 2004 à 15 000, en baisse de 10% sur un an "en raison
du repli notable de la négociation sur le temps de travail
après dix années de focalisation sur le sujet".
Conclus dans environ 9 000 entreprises (dont seulement 18% de
moins de 50 salariés), ces textes concernent 3,7 millions
de salariés. Le secteur tertiaire représente plus
de la moitié (53%) de ces accords. L'épargne salariale
(40% des accords) et les salaires (30%) sont les thèmes
les plus fréquemment abordés. C'est autour de la
question salariale que viennent s'articuler les autres thèmes
de négociation: elle est ainsi présente dans quatre
accords sur dix mentionnant l'emploi, dans près de six
sur dix mentionnant la formation professionnelle.
Quel que soit le niveau de négociation
(national, infranational), la CFDT reste, avec 79,1% des accords
conclus, le premier syndicat signataire devant la CGT-FO (71,7%),
la CFTC (70,2%) et la CFE-CGC (69,3%). Le taux de signature de
la CGT augmente le plus fortement (+10,3 points) "tant au
niveau national qu'infranational" pour atteindre 39,1%.
RÉFORME DU DIALOGUE SOCIAL
Bien qu'il soit encore trop tôt pour faire
un véritable bilan de la mise en oeuvre du volet "dialogue
social" de la loi du 4 mai 2004, "ce dynamisme du dialogue
social doit être apprécié au regard des nouvelles
règles du jeu conventionnel", estime Gérard
Larcher qui voit dans l'année 2004 "une année
d'apprentissage": si "à ce jour, aucun accord
étendu modifiant les règles de conclusion des accords
de branche n'est applicable, plusieurs branches ont d'ores et
déjà engagé des négociations sur ce
thème", assure le ministre. "Les accords frappés
d'opposition sont rares", poursuit-il: moins de 10 oppositions
majoritaires ont en effet été repérées
par le ministère sur les 821 textes signés dans
les branches depuis la publication de la loi.
En ce qui concerne l'articulation entre les niveaux
d'accords collectifs, notamment entre branches et entreprises,
Gérard Larcher note que "le nombre d'accords dits
'dérogatoires' est quasi nul même si les accords
de branches en ouvrent régulièrement la possibilité":
sur les 821 accords de branche concernés, plus de la moitié
portent sur des thèmes (salaires minima, financement de
la formation professionnelle...) qui ne peuvent souffrir de dérogation
par les entreprises. "137 textes comportent une clause expresse
interdisant aux entreprises de déroger, principalement
en matière de formation professionnelle". 207 ne comportent
pas de clause impérative ce qui autorise, en droit, les
entreprises à y déroger. Toutefois, à ce
jour, précise Gérard Larcher, "seuls six accords
d'entreprise ont été signalés comme dérogatoire
à une stipulation conventionnelle de branche".
RÉACTIONS
"Les premiers mois d'application de la loi
Fillon montrent qu'il n'y a pas de dévitalisation du dialogue
social", se félicite Denis Gautier-Sauvagnac du MEDEF
pour qui désormais "la notion d'accord dérogatoire
n'existe plus".
Au contraire, puisque les possibilités
de dérogation sont très peu utilisées, "il
faut les abroger", plaide Alain Lecanu (CFE-CGC). "Plusieurs
conventions collectives ne prévoient pas de clauses impératives",
dénonce Maryse Dumas (CGT) qui revendique le "retour
à la hiérarchie des normes et à la règle
majoritaire". "Les négociations ont été
nourries par les textes législatifs", regrette pour
sa part Rémi Jouan (CFDT) pour qui négocier ne doit
pas se limiter à décliner ce que le législateur
a décidé. Michel Coquillion (CFTC) juge que l'année
2004 "a été contractuellement bonne au niveau
des branches" mais "reste à savoir ce que cela
recouvre" en termes qualitatifs. Également attaché
à la hiérarchie des normes, il souligne par ailleurs
"que la loi du 4 mai ne s'est appliquée que sur une
partie de l'année et qu'il est donc encore trop tôt"
pour juger de ses d'effets.
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