L’intéressement
des salariés, et le rôle du Comité d’entreprise
dans sa négociation.
Par Xavier Bouvier
auteur de «Le rôle et la gestion du comité
d’entreprise », ed Nathan.
Pour feuilleter l’ouvrage en ligne, cliquez
ici
Lorsqu’il est bien négocié,
l’intéressement est un puissant moyen pouvant être
mis en place pour motiver les salariés, et les associer
au développement de l’entreprise. Il bénéficie
d’un certain nombre d’avantages fiscaux déterminants.
Le Comité d’Entreprise peut être amené
à jouer un rôle dans sa négociation et sa
mise en place.
L’intéressement ne doit pas être
confondu avec la participation ou les primes classiques octroyées
aux salariés (primes aux commerciaux, au personnel productif,
par exemple).
L’intéressement au sens prévu
par les textes est facultatif, et le chef d’entreprise
peut décider, ou non, de mettre en place un tel accord.
Il résulte donc d’une libre négociation entre
les partenaires sociaux. Cependant, afin qu’il puisse être
valide, il y a lieu de respecter un certain formalisme dans son
élaboration et son suivi.
Toute entreprise, quelle que soit son activité
ou sa forme juridique, peut conclure un tel accord d'intéressement.
L'accord est obligatoirement signé pour 3 ans.
Comment est conclu l’accord d’intéressement
:
• dans le cadre d'une convention ou d'un
accord collectif de travail,
• au sein du comité d'entreprise,
• entre le chef d'entreprise et les délégués
syndicaux,
• à la suite de la ratification à la majorité
des 2/3 du personnel d'un projet d'accord.
Quelle que soit la manière dont
il a été conclu, l'accord doit être soumis
pour avis au comité d'entreprise (lorsque celui-ci
existe) au moins 15 jours avant qu’il ne soit signé.
Que l’accord d’intéressement
ait été conclu ou non avec le CE par l’employeur,
l’article L-441-3 du Code du Travail en fixe le contenu.
Sont à cet égard prévues, les conditions
dans lesquelles le CE, ou une commission spéciale créée
par lui (et à défaut les délégués
du personnel) disposent des moyens d’information
nécessaires sur les conditions d’application de l’accord.
Le CE (ou la commission spéciale) se réunit
chaque fois que sont calculés les produits de l’intéressement,
ou de leur répartition. Il doit être en mesure de
prendre connaissance des éléments ayant servi de
base au calcul de l’intéressement.
Les modalités de l’intéressement
:
L'intéressement doit:
• être collectif,
• présenter un caractère aléatoire
• résulter d'un calcul lié aux résultats
de l'entreprise.
Il peut par exemple tenir compte du bénéfice
de l’entreprise, ou d’autres éléments
(par exemple liés à l’augmentation du chiffre
d’affaires…).
L'accord comporte donc une formule déterminée
librement par les parties prenantes. Les critères peuvent
être liés aux résultats ou aux performances
de l'entreprise (productivité, qualité). Les éléments
d’appréciation doivent cependant être objectivement
mesurables, variables et aléatoires (résultat, progression
du chiffre d'affaires). Dans le cas contraire, les exonérations
fiscales et sociales ne sont pas accordées.
La formule s'applique sur une période
de calcul qui est généralement l'exercice comptable
(l’année). Cependant, cette période peut désormais
être ramenée à trois, quatre ou six mois.
Les modes de calcul de l’intéressement
:
Le calcul de l’intéressement
peut s’appuyer sur certains indicateurs financiers ou comptables : Résultat Courant Avant Impôt –RCAI-, Résultat
Net Comptable ou Fiscal, Résultat d'Exploitation…
Exemples :
Intéressement = ………% X (RCAI)
Intéressement = ………% masse salariale
si RCAI supérieur à …..€.
L'intéressement peut aussi s’appuyer
sur les performances de l’entreprise : La formule
de calcul peut par exemple, dans ce cas s’appuyer sur des
objectifs ou sur l'amélioration de la productivité,
la réduction des rebuts ou la diminution des retards de
livraison.
Les modes de distribution de l’intéressement
:
La répartition de l’intéressement
entre les salariés peut se faire de différentes
manières : soit uniformément entre tous,
soit proportionnellement au salaire de chacun, soit en fonction
du temps de travail effectif sur la période considérée
(les congés de maternité et d'adoption, les absences
pour maladies professionnelles ou pour accidents du travail sont
considérés comme du temps de travail effectif) soit
enfin en combinant ces différents critères.
Le versement de la prime d’intéressement peut se faire selon différentes possibilités : si
la période de calcul de la prime est annuelle, le versement
se fera au plus tard le dernier jour du 7 ème mois après
la clôture de l'exercice. Par exemple, pour un exercice
allant du 1er janvier au 31 décembre, la date limite de
versement est donc le 31 juillet.
Si le calcul est trimestriel ou semestriel, le
versement de la prime de fera au plus tard le dernier jour du
2ème mois qui suit la période de calcul.
En cas de retard, des intérêts calculés
sur la base du taux d'intérêt légal sont dus
aux bénéficiaires.
Les sommes distribuées sont directement
disponibles. Toutefois chaque salarié peut décider
librement de les placer sur un PEE (Plan d’Epargne Entreprise)
PEI (Plan d’Epargne Interentreprise), ou PPESV (Plan Partenarial
d’Epargne Salariale Volontaire), s'il est prévu par
l'accord. Ces plans produisent des intérêts. Le salarié
pourra ainsi bénéficier d'avantages fiscaux et sociaux.
Il peut aussi placer ces sommes sur un compte épargne temps.
Les sommes ainsi attribuées dans
le cadre de l’intéressement ne peuvent remplacer
un élément de salaire. L’employeur
devra fournir un document distinct du bulletin de salaire précisant
:
• le montant global de l'intéressement,
• le montant moyen perçu par les bénéficiaires
les droits attribués aux bénéficiaires et
les retenues opérées (après abattement de
5% sur son montant, la prime subit un prélèvement
de 8% au titre de la CSG et de la CRDS )
• L'intéressement ne pourra excéder 20% de
la masse salariale brute de l'entreprise.
Les avantages de l’intéressement
:
L’avantage pour les salariés est
simple et évident : ils bénéficient
d’un supplément de revenus exonéré
de charges sociales. En effet, L'intéressement
est exonéré de cotisations sociales patronales et
salariales. Toutefois, après abattement de 5% sur son montant,
la prime subit un prélèvement de 8% au titre de
la CSG et de la CRDS.
Cet intéressement, peut s’il est
placé, dans les 15 jours suivant son versement, au moins
cinq année au sein d’un PEE (Plan d’Epargne
Entreprise) PEI (Plan d’Epargne Interentreprise), ou PPESV
(Plan Partenarial d’Epargne Salariale Volontaire) être
mis à la disposition du salarié en franchise d’impôts
sur le revenu, y compris pour les intérêts versés
ou plus values réalisées sur le PEE ou le PEI, ou
PPESV.
L'exonération des plus-values est maintenue
tant que les salariés ne demandent pas la délivrance
des droits constitués à leur profit. Les revenus
et plus-values sont soumis à la CSG, la CRDS et au prélèvement
social de 2 %.
Des cas de déblocages anticipés
sont également prévus par la loi : ils permettent
au salarié de retirer son épargne dans les mêmes
conditions que si elle avait été bloquée
durant cinq ans sur le Plan d’Epargne.
Un abondement peut être également
versé à l’initiative du Chef d’entreprise
pour tout versement fait par le salarié sur le PEE, PEI
ou PPESV.
On le voit l’intéressement est un
moyen efficace et puissant. Il permet à travers une négociation
faite avec le CE de maintenir un dialogue social fructueux. Les
salariés, comme le Chef d’entreprise ont donc tout
intérêt à utiliser cet outil qui offre de
nombreux avantages, y compris relatifs à la quasi absence
de charges sociales.
Xavier Bouvier, enseignant en
gestion des entreprises, intervient dans le cadre de formations
professionnelles. Son parcours d’universitaire, d’entrepreneur
et de formateur lui permet une approche objective et pédagogique
des problématiques de gestion.