| MANAGER LES RISQUES
PSYCHOSOCIAUX DANS VOTRE ORGANISATION (PARTIE II)
LEGISLATION ET RESPONSABILITE JURIDIQUE DE L’ENTREPRISE
Loi de modernisation sociale du 17 Janvier 2002
Conscients de l'ampleur du phénomène, et afin de
renforcer la protection des salariés face à des
pratiques abusives, les pouvoirs publics ont décidé
de compléter le Code du Travail dans le cadre du projet
de loi de Modernisation Sociale adopté par le parlement
en 2002.
Ces risques font l'objet de mesures préventives afin de
les supprimer ou de les limiter au maximum. Cette loi précise
les éléments suivants :
La notion de santé des travailleurs recouvre tant un aspect
physique que mental.
Dans le cadre des mesures prises par l'employeur, la planification
de la prévention doit intégrer les risques liés
au harcèlement moral, à travers les questions d'organisation,
de relations sociales et d'ambiances de travail.
Il est nécessaire de parfaire le dispositif de prévention
des risques professionnels, en reconnaissant aux instances représentatives
du personnel, la possibilité de proposer des actions de
prévention en matière de harcèlement moral,
à l'instar du harcèlement sexuel.
Circulaire DRT n° 6 du 18 avril 2002 : évaluation des
risques pour la santé et la sécurité des
travailleurs
Cette circulaire constitue un moyen essentiel de préserver
la santé et la sécurité des travailleurs,
sous la forme d'un diagnostic en amont - systématique et
exhaustif - des facteurs de risques auxquels ils peuvent être
exposés. L'apport des connaissances scientifiques et l'évolution
des conditions de travail ont mis en évidence de nouveaux
risques professionnels (amiante, risques à effet différé
liés aux substances dangereuses, troubles- musculo-squelettiques,
risques psychosociaux...), qui soulignent la nécessité
de renforcer l'analyse préventive des risques. Dans cette
perspective, en reposant sur une approche globale et pluridisciplinaire
- c'est-à-dire à la fois technique, médicale
et organisationnelle - la démarche d'évaluation
doit permettre de comprendre et de traiter l'ensemble des risques
professionnels.
Le suicide reconnu comme maladie professionnelle
Le suicide est reconnu comme maladie professionnelle en France
depuis 2006. Comme le souligne le journal « 01 Informatique
» dans son numéro de novembre 2007, « Développeur
chez lBM depuis une dizaine d'années, Yann P. s'est donné
la mort en m ars 2006. Son suicide a été qualifié
de maladie professionnelle par la Sécurité Sociale.
En mai dernier déjà, le suicide d’un ingénieur
informatique de 39 ans, salarié du Technocentre Renault
à Guyancourt a été reconnu comme un accident
du travail par la Caisse Primaire d Assurance Maladie des Hauts-
de-Seine».
COMMENT S’EN PREMUNIR : L’AVIS DE
NOS EXPERTS
Les neurosciences apportent un nouvel éclairage
scientifique à l’accroissement du stress et des risques
psychosociaux, et des réponses managériales opérationnelles
et innovantes.
La vision stratégique de Jean-Louis PRATA,
Directeur du Développement du Groupe IME (Institut de Médecine
Environnementale/ Institut du Management Evolutif), expert des
risques psychosociaux et auteur d’une démarche globale
de diagnostic des risques psychosociaux en entreprise, soutenue
par le Ministère du travail, et Léna GODEFROY, coach
et fondatrice du Cabinet Keep Coach.
Les connaissances acquises sur le fonctionnement
humain par les recherches neurocomportementales du Docteur Jacques
FRADIN (Groupe IME, notre partenaire) depuis 1987 permettent d’agir
plus en profondeur sur les mécanismes cérébraux
de l'apprentissage, de la motivation, de l’adaptation, de
la créativité, de la responsabilisation, de la synergie.
Pourquoi le stress et les risques psychosociaux
tendent-ils à s’accroitre aujourd’hui ?
Comment se fait-il que, parallèlement
à un développement sans précédent
du niveau de vie à l’échelle de plusieurs
décennies, des conditions de travail et de confort matériel,
de la sécurité et des moyens de rester en bonne
santé, les salariés d’une entreprise soient
de plus en plus stressés ?
Comment se fait-il que, dans ces conditions, le mal- être,
l’anxiété, l’agressivité et la
dépression s’accroissent autant au travail, au point
que certains salariés en arrivent à vouloir mettre
fin à leurs jours ?
Depuis maintenant près de 10 ans, les pouvoirs publics,
les entreprises, les services de santé au travail et les
institutions se sont mobilisés sur la montée du
stress au travail, sans que des solutions efficaces et durables
aient été véritablement trouvées.
Pourquoi ?
Nous avons acquis la conviction que c’est une erreur dans
la compréhension du sens et des causes du stress qui est
à l’origine de du fait que l’on ne parvienne
pas à inverser la tendance.
Les réactions de stress ne sont pas un
phénomène simple :
Existe-t-il des situations objectivement stressantes ?
Non… face à une même situation (par exemple,
un chalenge ambitieux à relever), deux individus, à
compétence égale, peuvent réagir de manière
radicalement opposée : pour l’un, cette situation
va être une grande source de stress, avec un vécu
d’anxiété, d’agressivité ou de
découragement à la clé, tandis que pour l’autre,
cette même situation va être source de sérénité
voire d’enthousiasme. Difficile, dans ces conditions, d’identifier
des facteurs objectifs et universels de stress dans l’entreprise
!
Si les situations ne peuvent pas être considérées
comme objectivement stressantes, les individus sont ils alors
plus ou moins « stressables » ?
Oui et non… oui, car certains individus ont une capacité
plus développée que d’autres à réagir
calmement aux événements, non car un individu plutôt
calme peut réagir en stress face à un événement,
tandis qu’à l’inverse un individu plutôt
stressé peut réagir calmement face au même
évènement.
Les partisans du modèle transactionnel
du stress, actuellement le plus répandu, en ont conclu
que le stress était induit par le sentiment de ne pas savoir
faire face à une situation (non contrôle). Avec ce
modèle, on comprend qu’un individu, face à
une situation qu’il pense ne pas savoir maitriser, va réagir
en stressant, et le stress s’aggrave s’il a le sentiment
d’une insuffisance de support social (managérial,
support) pour y faire face.
Partant de ces postulats, dans un monde qui développe
une dynamique de changement et d’innovation permanente induite
par la mondialisation, la concurrence accrue, l’inventivité
qui se développe comme jamais dans l’entreprise,
le stress est-il une fatalité ? Faut-il se résigner
à vivre avec ?
L’équation entre le monde qui change rapidement et
l’individu qui a besoins du sentiment de contrôle
pour être serein semble impossible à trouver, c’est
ce qui explique à notre sens les faibles résultats
obtenus par la plupart des démarches de prévention
des risques psychosociaux.
Un nouveau paradigme
Si le problème des risques psychosociaux et de la montée
du stress au travail ne trouve pas de solution, c’est très
certainement parce qu’il est mal posé.
Les neurosciences apportent aujourd’hui une perspective
de résolutions très prometteuse, en affinant, et
même en transcendant, le modèle transactionnel du
stress.
Quelle est la cause du stress ?
Notre cerveau n’est pas un tout cohérent : il est
composé de plusieurs entités qui ont chacune un
rôle particulier, complémentaire mais aussi parfois
antagoniste.
En particulier, nous sommes naturellement outillés de 2
grands modes de fonctionnement cérébral :
1 – Le mode dit « automatique »,
qui correspond aux parties postérieures de notre cerveau,
siège de notre personnalité, nos émotions
et nos compétences spécifiques : il est adapté
et performant pour nous permettre de faire face aux situations
simples ou habituelles.
2 – Le mode « adaptatif », qui correspond au
néocortex préfrontal, siège d’une intelligence
adaptative très puissante mais inconsciente, destiné
à nous permettre de faire face aux situations nouvelles
ou complexes, en nous rendant curieux, adaptable, rationnel, intuitif
et créatif, capables de gérer nos émotions.
La bascule entre ces 2 modes mentaux est aléatoire,
et pas toujours adaptée à la réalité
des situations auxquelles nous sommes confrontés.
En effet, les travaux les plus récents
des scientifiques en pointe sur le sujet (Damasio, Davidson, Duncan,
Fradin, Houdé) ont démontré que, face à
une situation nouvelle ou complexe que nous ne maitrisons pas,
le seul fait de mobiliser les ressources cognitives du mode adaptatif
préfrontal, capable de s’adapter à la nouveauté,
et de construire des stratégies d’actions nouvelles,
permettait de faire tomber instantanément un état
de stress. .. Alors que nous sommes toujours face à la
situation que nous ne contrôlons pas...
Mobiliser l’état d’esprit
capable de s’adapter à la nouveauté ou à
résoudre un problème complexe suffit en soi à
faire baisser le stress, du fait que c’est la voie qui va
nous permettre de nous adapter, tandis que la persévérance
du mode automatique nous induit en erreur.
Le stress devient alors le signal d’alarme
d’une « erreur de casting » dans la mobilisation
de nos capacités cérébrales, capable de détecter
les incohérences dans lesquelles nos automatismes comportementaux
nous conduisent.
Les risques psychosociaux à la lumière
de ce nouveau paradigme
Trois grands axes de travail dans le fonctionnement de l’entreprise
s’ouvrent avec l’arrivée de ce nouveau paradigme
:
- Au niveau des individus
Au cours des dernières décennies, le fonctionnement
des entreprises a été optimisé en procéduralisant
et en automatisant les processus de travail, avec pour effet de
favoriser le fonctionnement cognitif des personnels en «
mode automatique », au détriment du développement
des capacités d’adaptation et de créativité
préfrontales.
L’évolution récente des marchés
requiert aujourd’hui de développer les capacités
d’adaptation, d’agilité, d’inventivité
et de changement (préfrontales) des individus, qui ont
peu été mises à contribution dans le monde
professionnel pendant de nombreuses années.
Un premier axe de travail, au niveau individuel,
consistera à apporter à l’encadrement et au
personnel la compétence pour savoir gérer ses propres
ressources cognitives, en lui apprenant à mobiliser volontairement
les ressources de son intelligence préfrontale pour faire
face, sans stress, à un environnement professionnel en
perpétuelle évolution.
- Au niveau du management
Un second axe de travail, au niveau managérial,
va consister à faire comprendre et intégrer aux
managers que les salariés n’ont plus envie seulement
de réussir dans la vie, mais de réussir leur vie,
en réalisant un travail en accord avec leurs propres valeurs
et leurs motivations profondes.
Travailler à contrepieds de ses propres
valeurs et de ses motivations spontanées est une source
majeure de mal être au travail. Nous pensons que cet axe
est fondamental pour le bien être et la sécurité
psychosociale des salariés, mais aussi pour que chaque
salarié donne le meilleur de lui-même, sans burn-
out à la clé. L’humain et l’économique
se rencontrent pour une entreprise performante et humaine.
- Au niveau de l’organisation
Les sciences et les pratiques les plus courantes
de l’organisation n’ont pas encore complètement
intégré les connaissances acquises, depuis près
d’un demi- siècle, sur le fonctionnement de l’humain.
En conséquence, les organisations et les
processus ne sont pas toujours « psycho-compatibles »
avec les personnes qui occupent les fonctions, et les incohérences
organisationnelles avec le fonctionnement humain sont, sans que
l’on en ait toujours conscience, une source supplémentaire
de stress et de mal être dans l’entreprise.
L’IME a modélisé, dans une
méthodologie d’organisation appelée «
bio-systémique », les règles fondamentales
de l’organisation psycho-compatible, en particulier :
- La cohérence entre le pouvoir de décision et les
responsabilités assurées par chaque personne dans
l’organisation,
- L’existence de canaux d’information indépendants
entre la production et le contrôle, source d’incitations
paradoxales s’ils ne sons pas indépendants
- La délégation optimisée, qui permet de
remonter chacun au bon niveau d’action dans l’organisation,
alors que l’homme peut avoir tendance à prendre en
charge des activités du ressort de son N-1 et délaisser
en conséquence les activités afférentes à
ses responsabilités.
- La mise en synergie des motivations individuelle et collectives,
travail nécessaire pour positionner chacun dans l’entreprise
en accord avec ses motivations, et par là même éviter
la démotivation, le stress et le burn- out.
Une stratégie globale d’action à ces trois
niveaux permet non seulement de minimiser les risques psychosociaux,
mais aussi de développer l’implication et la motivation
des salariés pour le bénéfice de tous.
Léna Godefroy, coach et fondatrice du
Cabinet Keep Coach
Contact
Réagissez et échangez autour de
ce sujet sur le forum
de discussion


|