| Le manager jardinier
: un accompagnateur du vivant
L’accompagnement, un mot à la mode
utilisé par les intervenants externes et parfois par les
managers pour désigner une action de coaching individuel
ou d’équipe, conseil, mentorat, tutorat…Un
terme générique pour nommer une intervention qui
se veut souvent individuelle et conduite dans le temps.
Le terme vivant signifie que nous accompagnons des personnes et
des situations en mouvement et en interaction permanente.
Au delà des mots, il est nécessaire de clarifier
les intentions de l’accompagnement en termes de finalité
et d’intervention. En effet, il y a plusieurs manières
d’accompagner, « d’être avec » une
personne et de la nourrir. L’intention est souvent traduite
par la posture et la pratique de l’accompagnateur. C’est
cette posture philosophique et pédagogique qui va orienter
le type d’accompagnement.
Nous pouvons identifier deux grands courants d’intervention
: celui centré sur la performance et le résultat
immédiat et celui davantage orienté sur le développement
des personnes comme levier d’une performance moins immédiate
mais plus durable.
Il est évident pour tous que la performance passe par les
hommes. En réalité, la contrainte temporelle dans
laquelle se situent les entreprises, les amène à
faire des choix pédagogiques d’accompagnement privilégiant
soit l’approche adaptative, soit l’approche d’ajustement.
Dans l’approche adaptative, l’accompagnateur, qu’il
soit interne ou externe, s’appuie sur une base d’outils,
méthodes, techniques qu’il juge efficaces et adaptées
quel que soit le profil des individus et la nature de leur environnement.
L’objectif est de faire rentrer l’individu dans un
cadre pré-construit pour qu’il développe sa
performance en s’y adaptant. Si ces personnes ont appris
à devenir plus performantes, elles n’ont pas pour
autant acquis de l’autonomie d’apprentissage, une
lecture propre de leur environnement et une véritable capacité
à s’y ajuster.
L’approche de l’ajustement prend en compte à
la fois l’individu et son environnement. L’accompagnement
vise, à travers une posture maïeutique, à aider
la personne à prendre conscience de son fonctionnement,
de ses comportements et pratiques et à identifier d’autres
manières d’agir. Il ne s’agit plus de faire
rentrer l’individu dans le système mais de le faire
évoluer en tant qu’acteur du système. Il va
devoir innover au contact de son environnement pour s’y
ajuster en trouvant le meilleur moyen de tenir compte à
la fois de ses besoins mais aussi de ceux de son environnement.
Dans cette approche, la boîte à outils est au service
de la personne pour l’éclairer sur son fonctionnement.
L’individu devient ainsi plus conscient du système
dans lequel il se trouve et peut mieux répondre aux nécessités
du changement. Il acquiert de l’autonomie.
Deux postures différentes qui nécessitent une pratique
différente de l’accompagnement. Mais pourquoi choisir
l’une plus que l’autre ? Pourquoi vouloir s’adapter
plutôt que s’ajuster ?
Le manager doit souvent gérer à
la fois la performance immédiate de son équipe mais
aussi accompagner à terme le développement du potentiel
de ses hommes. Il est emprisonné dans un paradoxe dans
lequel il lui est demandé de générer de plus
en plus rapidement du résultat sans tenir compte des délais
de gestation indispensables pour obtenir de la valeur durable.
Face à ce type de pression, Il y a ceux qui récoltent
du résultat à court terme en prenant le risque d’appauvrir
durablement leur terrain. Il y a les autres, qui comme le jardinier,
savent qu’il est inutile de tirer sur un plant pour le faire
pousser plus rapidement. C’est dans ce contexte que se fera
le choix du type d’accompagnement.
Et si le manager devenait également un «jardinier
» qui cultive le vivant et pas uniquement le fruit de ses
résultats ? Un « manager jardinier » qui accompagne
la croissance de ses hommes et de ses équipes pour construire
de la performance durable et pas uniquement du résultat
immédiat.

Francis Karolewicz
www.fmk-consulting.com |
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