Pauvreté, exclusion : ce que peut faire
l'entreprise. Ou presque
Publié en Février dernier par l'Institut Montaigne,
un Think Tanks français (réservoir d'idées)
dirigé par Philippe Manière ce rapport (1) [
]
a pour objectif d'être aussi bien pédagogique
par son analyse, qu'opérationnel par ses propositions
[
] face à une situation qui voit 3,7 millions
de personnes sous le seuil de pauvreté* et un taux
de chômage des - de 25 ans sans diplôme de 47%
en 2004 quand il était de moins de 3% en 1970 (2).
Revue de lecture de 8 propositions qui visent à concilier
humanisme et utilitarisme, au demeurant complémentaires
selon les auteurs.
Tout d'abord il convient d'engager des personnes employables
bien que précaires en faisant de ce public une cible
prioritaire des actions de recrutement. Politique qui devrait
s'appuyer sur d'autres critères que le diplôme
comme la simulation en milieu de travail par exemple tout
en prévoyant des parcours renforcés d'intégration
(voir plus loin). Plus originale, l'action de recrutement
devrait être confiée à un partenaire externe
à l'entreprise qui garantirait [
] une plus grande
objectivité des compétences nécessaires
pour le poste [
] Compte tenu du public recruté
il convient ensuite de renforcer l'intégration des
collaborateurs précaires dans l'entreprise comme dans
son environnement. Cela passe notamment par une implication
forte des salariés dans l'accompagnement des personnes
en difficulté qui trouve ses origines dans [
]
la création d'une véritable culture d'entreprise
orientée sur l'intégration professionnelle des
collaborateurs en grande précarité [
]
A ceci s'ajoute que le processus d'intégration ne peut
se passer de son levier essentiel qu'est le logement. Aussi
lorsque l'entreprise cherchera un lieu pour implanter un établissement
elle gagnera à favoriser sa nette préférence
pour des communes qui respectent leurs obligations sociales
en la matière.
Renforcer les parcours d'intégration c'est d'abord
coacher plus particulièrement le collaborateur en grande
précarité. Création d'un poste de référent
insertion dans l'entreprise, formation de tuteurs en interne,
ou encore parrainage externe, plusieurs pistes complémentaires
sont proposées pour " accompagner " et non
" assister " le bénéficiaire et l'aider
à acquérir plus d'autonomie. Ce qui est bénéfique
pour lui comme pour l'entreprise. Une fois intégré
il s'agit ensuite de concilier flexibilité et sécurité
des parcours professionnels. Suite aux exigences de la compétitivité
économique et donc de la nécessité à
pouvoir jouir d'une grande réactivité, [
]
le nouveau pacte économique et social doit récompenser
l'engagement des salariés en leur donnant la possibilité
de développer leur potentiel durant le temps de la
collaboration [
] Proposition phare : s'interdire l'usage
du CDD, un contrat qui représente un risque juridique
pour l'entreprise et qui précarise celui qui en bénéficie.
Solution : préférer l'intérim en s'appuyant
sur les services et les garanties que proposent désormais
les agences de travail temporaire. Dans la pratique il suffirait
de supprimer toutes les dérogations au versement de
l'indemnité de précarité. Autre piste,
l'inscription de l'entreprise au sein d'un Groupement d'Employeur
(GE) qui permettrait à l'entreprise de bénéficier
à temps partiel de compétences qu'elle ne peut
pas se payer à plein temps et au(x) collaborateur(s)
d'avoir un emploi pérenne à temps plein.
Dans la continuité il faut, augmenter l'employabilité
des collaborateurs les plus précaires par la mise en
place de parcours de formation adaptés aux emplois
peu qualifiés, en facilitant l'accès à
la Validation des Acquis de l'Expérience (VAE) et par
le renforcement de l'apprentissage. En complément il
conviendrait aussi de rapprocher les entreprises classiques
des Structures d'Insertion par Activité Economique
(SIAE) au travers de partenariats commerciaux comme la sous-traitance,
la création d'entreprises communes ou encore par la
mise en place d'un intéressement fiscal pour celles
réalisant des dons à ces structures. Il s'agit
ensuite de mobiliser les réseaux des entreprises en
utilisant, par exemple, les médias pour valoriser des
itinéraires et expériences réussies,
ou promouvoir la création d'un prix national de l'entreprise
solidaire. Pour terminer il convient d'adopter une approche
contractuelle en élaborant des conventions cadres ou
des une Charte de l'entreprise solidaire à l'image
de celle pour l'apprentissage.
Selon Philippe Manière (3), 13% des propositions des
propositions formulées par l'Institut Montaigne sont
discutées au parlement et 6% finissent dans les textes.
Selon ses chiffres, 1 proposition parmi les 8 franchirait
donc les portes de l'assemblée nationale et du Sénat.
La moitié d'une serait saisie par le législateur.
Ou presque.
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* soit 645 euros / mois / adulte
Charlie
(1) Ce que peut faire l'entreprise - Institut Montaigne -
février 2006 - 112 pages
http://www.institutmontaigne.org/medias/pauvrete_exclusion_que_peut_faire_l_entreprise.pdf
(2) Formation et Salaires - Insee - Décembre 2005
http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/irsoc048.pdf
(3) Interview de Philippe Manière - Journal du management
- 3 mai 2006
http://management.journaldunet.com/0605/0605133chat-maniere.shtml