La relation-salarié
: un élément de la performance sociale
L’ERM (Employee Relationship Management
ou Gestion de la Relation Salarié), conjugue technologies
Internet et reengineering de processus pour mettre en relation
les acteurs opérationnels de l’entreprise, salariés,
managers et experts du service RH. La pratique en est croissante,
mais il importe de bien en comprendre la nature, la portée
et les limites.
Sur la base d’applications informatiques
dites collaboratives, l’ERM permet aux utilisateurs-salariés
d’effectuer leurs demandes d’absence et de modifier
les informations de base de leur dossier personnel. Ainsi
les congés payés ne passent plus par la valse
des formulaires et des visas hiérarchiques mais par
un push automatique d’e-mails et une validation numérique.
De même les modifications d’adresse, d’état-civil
et de RIB ne sont plus tributaires de l’engorgement
d’un service d’administration du personnel saturé.
Les solutions d’ERM les plus avancées
offrent la possibilité aux salariés disposant
d’un ordinateur avec un accès Internet haut débit,
d’expédier des demandes administratives aux services
internes, de consulter les plannings de travail de leurs collègues,
d’accéder aux emplois internes ou d’obtenir
des informations sur l’actualité de l’entreprise.
La mise à disposition de ces fonctionnalités
et le déport de la saisie à la source même
de l’information, entraînent trois bénéfices
majeurs pour l’organisation :
1. Alléger la charge de saisie administrative des services
RH,
2. Fiabiliser la qualité des données du SI RH,
3. Fluidifier la circulation des données RH.
L’ERM vise donc une amélioration
de la productivité des services RH, en délégant
les tâches administratives de captation, de suivi, et
de validation des données relatives au temps de travail,
auprès des salariés et des managers de proximité,
véritables relais de la fonction RH sur le terrain.
Cet allégement des charges administratives doit permettre
à la fonction RH de se recentrer sur son cœur
de métier et ses missions à plus forte valeur
ajoutée.
Mais l’Employee Relationship
Management n’est pas, à elle seule, créatrice
de valeur ajoutée pour l’entreprise.
Sur la base de ces technologies collaboratives et d’une
« délocalisation interne », la fonction
RH améliore son efficacité et la qualité
de ses services administratifs. Elle n’améliore
pas directement la performance de l’entreprise. A considérer
les Ressources Humaines comme véritable facteur de
différenciation concurrentielle entre les entreprises,
ce sont bien les relations sociales de l’entreprise
qu’il faut développer. Seule la communication
faite d’expression et d’écoute intuitu
personnae permet d’impliquer les salariés et
de mobiliser les meilleures compétences, en adéquation
avec les objectifs de l’entreprise.
Peut-on effectuer un entretien annuel en
presse bouton, embaucher d’un simple clic ? Les pratiques
d’ERM rationalisent le lien social et normalisent sa
gestion, elles virtualisent la communication managériale,
déshumanisent la relation à l’entreprise.
L’ERM et les technologies RH collaboratives ne sauraient
être une finalité et ne peuvent s’affranchir
de la recherche de performance individuelle et collective.
Avant d’en arriver à un dialogue de sourds numérique,
nous devons passer à la notion de performance,
ou pour utiliser un nouvel acronyme anglo-saxon à «
l’EPM », se déclinant au choix par Entreprise
ou Employee Performance Management. Sans tomber dans
un « darwinisme social » qui sélectionnerait
les plus compétents dans une vision économique
à court terme, la performance doit être souhaitée,
mesurée et pilotée.
La finalité de la relation avec les
salariés reste bien la recherche de performance.
Les Ressources Humaines ne sont pas des ressources comme les
autres. Pour la plupart et de plus en plus, elles ne sont
pas interchangeables, facilement disponibles et directement
opérationnelles. Ce ne sont pas des fournitures
consommables dont il faut gérer les quantités
ni des données informatiques dont il faut gérer
les flux. Un salarié n’est pas un baril de pétrole
ou un ordre de bourse ! L’investissement des entreprises
dans des pratiques de GRH sur-mesure conditionne leur rentabilité
et leur capacité concurrentielle. C’est le levier
stratégique -et non la variable d’ajustement
des coûts- que les dirigeants doivent actionner pour
améliorer la productivité de leur entreprise.
Plus que jamais la maxime de Jean Bodin (1530-1596) est d’actualité
: « Il n’est de richesse que d’hommes ».
Thomas Chardin
Thomas.chardin@fr.adp.com