LES USAGES DE LA VISIOCONFERENCE
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Article rédigé par Jean-Marc
Robinet
psychologue-ergonome
Expert en technologies de l'information et
de la communication pour l'éducation et la formation,
il est consultant auprès de plusieurs sociétés
dont la SNCF. Il a à ce titre participé à
la mise en place de plusieurs projets importants de formation
multimédia et en e-learning, et réalise actuellement
une étude sur l'utilisation des technologies de visioconférence
en formation.
Mail : jean-marc.robinet@noos.fr
Site Web : http://users.belgacom.net/bn580601/
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La notion d'usage diffère du concept d'utilisation.
Lacroix (1992), cité par [OLO 01], définit les usages
comme " des modes d'utilisation se manifestant avec suffisamment
de récurrence, sous la forme d'habitudes relativement intégrées
dans la quotidienneté, pour être capable de se reproduire
et éventuellement de résister en tant que pratiques
spécifiques ou de s'imposer aux pratiques préexistantes
".
Les usages de la visioconférence concernent
le travail coopératif (ex :réunions de travail), la
communication (ex : évènements ponctuels) ou encore
la formation. Historiquement, les applications spécifiques
telles que la télémédecine et l'enseignement
à distance ont alimenté l'intérêt pour
la visioconférence. De nos jours, la plupart des entreprises
choisissent cette technologie pour communiquer en interne (avec
les succursales, centres de production, etc.). Mais elle prend encore
plus de valeur lorsque la communication s'étend aux fournisseurs,
partenaires ou clients.
Parmi les usages actuels , examinons les cas du
téléenseignement universitaire et de la télémédecine
qui se développent fortement, puis celui de son usage dans
l'entreprise.
- Exemple d'usage éducatif : le téléenseignement
universitaire
Au niveau des usages pédagogiques de la
visioconférence dans l'enseignement supérieur, [GEM
2000] distingue :
- les applications centrées sur l'enseignant,
où celui-ci garde un contrôle quasi total sur le déroulement
du cours grâce à des outils appropriés. L'interaction
est limitée et a lieu essentiellement entre l'enseignant
et les étudiants. Ces derniers reçoivent de l'information
et sont engagés dans un processus d'apprentissage individuel.
- les application centrées sur l'étudiant,
du type travail collaboratif (l'interaction se fait alors principalement
entre étudiants) ou Travaux Dirigés (interactions
entre étudiants mais aussi entre ces derniers et l'enseignant
qui reste la source du savoir).
- les applications pour apprenant isolés,
où le dispositif est alors centré sur l'apprenant.
Il s'agit d'auto-formation tutorée. Des exemples existent
en formation continue.
De nombreux exemples d'usages existent en langues
et sciences humaines (problématique de la prise de parole
et des échanges culturels), en sciences (nécessité
d'une bonne qualité technique), en formation bureautique
(intérêt du tutorat, voire de l'autoformation guidée),
dans le cadre des relations de transfert de technologies et des
relations industrielles (notamment dans le secteur automobile) ou
encore dans le domaine du handicap (cas de la visiocommunication
en langue des signes). Parmi les établissements d'enseignement
supérieur utilisant la visioconférence figurent l'ENS
de Cachan, l'Université Paris Nord (Paris 13), l'Université
Claude Bernard (Lyon 1) ou encore l'Université Paul Sabatier
(Toulouse 3).
Il est toutefois difficile de mesurer l'intérêt
réel des formations universitaires offertes en visioconférence
car, comme le rappelle [BUR 01] au sujet de l'enseignement à
distance et du téléenseignement, on manque de recherches
empiriques pour évaluer et améliorer l'efficacité
de ce mode de formation. Les données disponibles mettent
en exergue les faiblesses de certaines caractéristiques de
la visioconférence. Ainsi, [BUR 01] note que le recours à
des systèmes utilisant les liaisons synchrones sont souvent
contraignantes pour un enseignement à très grande
échelle et peu satisfaisantes pour les apprenants. De plus,
le bilan d'une expérimentation grandeur réelle de
cours distants par la visioconférence, réalisée
par Bazin et Brisson (1998) et citée par [BUR 01], souligne
les limites de ces outils, limites qui ne peuvent être réduites
à la seule dimension de la technique.
Par ailleurs, dans une étude sur les usages
de la visioconférence dans l'enseignement supérieur
, [OLO 00], montre combien les relations fournisseurs-universités
ont pu influencer les premières expérimentations.
[OLO 01] précise que de 1992 à 1998, les quelques
universités pionnières se sont retrouvées instrumentalisées
par les fournisseurs en quête de " vitrines " et
finalement otages de systèmes propriétaires ne correspondant
pas à leurs besoins et difficilement maintenables. La logique
des industriels ne rejoignant pas celle des utilisateurs, l'utilisation
des dispositifs de visioconférence fut finalement relativement
faible.
Actuellement, l'offre de matériels est plus
diversifiée et les usages ne sont plus autant prescrits en
amont. [OLO 01] prévoit que la visioconférence sur
PC et réseau Internet viendra supplanter la visioconférence
sur RNIS, notamment pour des raisons de coûts mais aussi en
raison d'une meilleure flexibilité dans l'usage qu'autorise
ce type de configuration. De plus, les étudiants sont de
plus en plus équipés d'ordinateurs connectés
à Internet. Enfin, des changements sont à prévoir
avec le développement des campus virtuels et l'intégration
grandissante des fonctionnalités de visioconférence
au sein de plate-formes d'enseignement à distance type WebCT.
- Exemple d'usage professionnel : la télémédecine
La télémédecine concerne l'utilisation
par les professionnels de santé des technologies de télécommunications
afin de faciliter leur prise en charge des patients que ce soit
dans un but diagnostique ou thérapeutique. Selon [BEU 00],
elle consiste en une communication inter-professionnelle, strictement
limitée au monde des médecins, infirmières,
kinésithérapeutes et autres professions spécialisées,
pour augmenter leur expertise, leur savoir-faire ou mettre en commun
leurs compétences. Les TIC (Technologies de l'Information
et de la Communication) viennent ici en support d'une démarche
médicale classique en y rajoutant des fonctionnalités
nouvelles permettant de s'affranchir partiellement du temps et de
l'espace.
Les applications les plus importantes, recensées
par [BEU 00] sont:
- le télédiagnostic : services diagnostiques
fournis par des groupes de spécialistes aux établissements
qui n'ont pas d'experts sur place,
- le téléencadrement : établissement
d'une relation entre un spécialiste (jouant le rôle
de mentor) et un médecin de soins primaires ou une infirmière,
- les télé-staffs : établissement entre
professionnels de santé de relations de collaboration basées
sur le partage d'expertise, la gestion en commun de dossiers médicaux,
la mise en route de protocoles de soins, la prise en charge coordonnée
de patients au sein de protocoles (cancérologie, gynécologie,
cardiologie, SIDA)
- la télésurveillance : recueil de paramètres
de surveillance pratiqué à domicile ou dans un centre
de soins primaires à distance et éventuellement intervention
à distance sur des objets contrôlés.
Plus de 70 applications de ce type étaient
déjà opérationnelles en France en 2000 et leur
nombre augmente tous les jours. Les outils utilisés sont
généralement la visioconférence, et la transmission
d'images par réseaux de type RNIS entre stations de travail
multi-modales. Les résultats semblent satisfaisants. [BEU
00] cite à cet égard une étude d'Harisson et
al. sur la consultation conjointe d'une médecin généraliste
local et d'un spécialiste à distance utilisant la
visioconférence, qui conclut à un bon indice de satisfaction
des patients et des médecins et à une amélioration
de la communication entres les soins primaire et secondaire.
Par ailleurs, la téléformation constitue
une part importante de la télémédecine. [BEU
00] note que c'est la visioconférence qui permet le mieux
aujourd'hui d'assurer cette formation continue en gardant le côté
humain et relationnel de la formation par des pairs tout en évitant
des déplacements coûteux en temps et en argent. De
nombreux domaines sont concernés : l'obstétrique,
la gynécologie, la cardiologie, l'oncologie, le handicap,
etc. [BEU 00] recommande en conséquence de développer
les moyens légers de visioconférence dans les sites
de formation et d'exercice (hôpitaux, cliniques).
Au delà de la visioconférence, [BEU
00] précise que la formation initiale et continue des professionnelle
de santé sera bientôt complètement transformée
par les Universités Virtuelles, où les informations
dispensées lors des actuels cours magistraux seront disponibles
sur des serveurs pédagogiques, associant du texte à
des illustrations, des reconstitutions virtuelles ou encore des
démonstrations vidéos. La formation par l'exemple
y tiendra une place importante, tout comme l'usage de simulateurs
ou l'apprentissage coopératif. Le rôle de l'enseignant
sera ainsi renouvelé, se transformant en organisateur du
savoir, en producteur de documents pédagogiques, en scénariste
de situations illustratives, en expert capable de piloter un simulateur,
etc.
- La visioconférence en entreprise
Il existe peu d'informations quantitatives sur
les usages de la visioconférence en entreprise. Selon un
communiqué de presse de Sony France en date du 25/04/01 et
portant sur le marché européen de la visioconférence
en 2001, 93% des organisations européennes comprenaient l'intérêt
commercial indéniable de la visioconférence mais,
sans pour autant la mettre en uvre.
Cette réticence à " passer
à l'acte " serait en voie de se dissiper sous l'influence
de quatre facteurs :
- une plus grande confiance dans les communications
audiovisuelles : Internet à démystifié
la communication audiovisuelle et son utilisation accrue, ainsi
que la meilleure connaissance des applications vidéo simples,
ont incité les utilisateurs à rechercher des communications
vidéo plus formelles, de qualité supérieure,
utilisant notamment la visioconférence.
- la nécessité de réduire
les déplacements : confrontés aux contraintes
de temps ou de gestion de planning dans le cadre de leur travail,
les hommes d'affaires hésitent de plus en plus à quitter
leurs bureaux. Par ailleurs, de plus en plus d'entreprises cherchent
à développer le télétravail.
- des innovations technologiques : les améliorations
ergonomiques, l'automatisation de nombreux processus (ex : réservation
de réunions, mise en route automatique), ou encore l'apparition
de systèmes compacts ou intégrés au PC des
utilisateurs, ont favorisé une diminution de la " technophobie
", l'une des raisons majeurs selon Sony de la désaffection
des entreprises vis-à-vis de la visioconférence.
- des coûts d'investissement fortement
réduits : des solutions de visioconférence sont
aujourd'hui disponibles pour moins de 1000€ .Par ailleurs,
la réduction du coût d'achat devrait se poursuivre
grâce à la libéralisation récente du
secteur européen des télécommunications, à
la migration générale bien que lente vers des systèmes
IP, et à une demande croissante pour des applications à
bande passante élevée. L'effet combiné de ces
facteurs devrait contribuer à l'augmentation de la demande
de systèmes de visioconférence en Europe.
Nous venons de présenter des exemples d'usages
de la visioconférence. Dans un prochain article, nous examinerons
les technologies sur lesquelles elle repose ainsi que les tendances
actuelles d'évolution du marché.
REFERENCES
- [BEU 00] BEUSCART R., "Rapport sur les enjeux
de la Société de l'Information dans le domaine de
la Santé " , Rapport au premier ministre, mai 2000
Disponible sur : http://www.medcost.fr/media/textes/pdf/pdf_si/beuscart.pdf (consulté le 21/08/2003)
- [BUR 01] BURKARDT J.M., WOLF M., "Réalité
virtuelle et formation ", Rapport interne SNCF, 2001
- [GEM 00] GEMME, " La visioconférence
: usages, stratégies, moyens. Pour le développement
de l'usage de la visioconférence dans les établissements
d'enseignement supérieur ", Rapport pour le Ministère
de l'Education nationale, de la recherche et de la technologie,
juin 2000, 70 p.
- [OLO 00] Roxana OLOGEANU, Usages de la visioconférence
dans l'enseignement supérieur ", septembre 2000 -Etude
subventionnée dans le cadre du Programme " Administration
de l'Education Nationale et innovation technologique dans le domaine
des technologies de l'information et de la communication ".
Disponible sur http://www.educnet.education.fr/superieur/visio/visio0.htm (consulté le 21/08/03)
- [OLO 01] Roxana OLOGEANU, " Visioconférence
dans l'enseignement supérieur : expérimentations et
usages ", Enjeux de l'information et de la communication, no.
2, GRESEC, Grenoble, novembre 2001
Disponible sur http://www.u-grenoble3.fr/les_enjeux/2001/Ologeanu/Ologeanu.pdf (consulté le 21/08/03)